Mettre son talent au service de Dieu

8 juin 2022

soeur Ludmila

Ludmila Rumyantseva, une sœur de charité, fait partie de la communauté du monastère Sainte-Elisabeth depuis plus de dix ans. Avant de la rejoindre, elle a travaillé comme chorégraphe et enseigné la danse aux écoliers. Elle a quitté son emploi mais a trouvé le moyen de mettre son talent au service du Seigneur. Le père André Léméchonok lui a donné la bénédiction d'enseigner la danse aux patients de l’internat où nous menons nos activités. Cette expérience a profondément changé la vie de Ludmila et des patients.

Avant de rejoindre la communauté des soeurs, vous étiez chorégraphe. Qu'est-ce qui vous a poussée à abandonner votre profession?

Je me suis installée à Minsk avec mon mari à la fin des années 1980 et j'ai commencé à enseigner la danse dans une école. Les années 1990 ont été une période difficile pour de nombreuses personnes comme moi. Les magasins étaient vides, et les employeurs réduisaient leur personnel en masse ou leur demandaient de travailler à mi-temps. C'était une période de grandes luttes, mais tout cela était providentiel et plein de sens.

À cette époque, je lisais beaucoup de livres religieux. Saint Jean de Cronstadt est devenu mon écrivain préféré. J'étais impressionné par les histoires de sa vie. Les récits racontant comment le saint a amené un éléphanteau chez une fille malade, a conduit à la foi les ouvriers de Cronstadt, m'ont montré le chemin vers le Seigneur. J'ai pris les conseils de saint Jean au sérieux et les ai appliqués à ma vie. Parfois, je prenais ses idées trop à la lettre: j’ai décidé que l'art est un mensonge qui séduit les gens et j’ai mis fin à ma carrière de chorégraphe.

À cette époque, il ne m'est jamais venu à l'esprit que je reviendrais à ma profession. Quand j’étais déjà membre de la communauté, on m’a proposé d’enseigner la danse aux patients adultes de l’internat. Au début, j’ai eu des doutes, mais je remercie Dieu de m'avoir donné la sagesse d'accepter cette obédience. Cela m'a ouvert les yeux sur beaucoup de choses dans la vie.

personnes speciales dansant avec leur soeur

En quoi vos élèves étaient-ils différents de ceux de l’école?

Ils sont très différents. Au début, beaucoup de mes élèves ne savaient pas distinguer la gauche de la droite. Même les mouvements les plus simples prenaient beaucoup de temps à maîtriser. Parfois, il semblait que nous étions voués à l'échec, qu'ils n'apprendraient jamais rien. Cependant, mes élèves ont commencé à se souvenir des mouvements et à les répéter au rythme de la musique. Notre première danse était une polonaise. On ne dansait pas, plutôt on se déplaçait sur fond de musique, mais c'était notre premier succès. Il a donné envie à mes élèves d'en faire plus, leur a enlevé la peur de l'échec. Nous avons tous eu un fort sentiment d'unité et nous étions inspirés pour travailler plus et accomplir davantage.

La maladie isole et sépare les gens. Mais le fait de travailler ensemble sur un projet, comme apprendre une nouvelle danse, crée l’unité et encourage chacun à s'entraider. Mes élèves sont devenus plus responsables. Ils ont compris que si l'un d'entre eux fait mal son travail, cela affectera les autres. Ils forment désormais une équipe, ayant passé de ‟moi” à ‟nous”. Ils ont retrouvé le désir de créer; ils apprécient le processus et le résultat. Selon les médecins et les enseignants, la chorégraphie aide les patients à développer leurs capacités intellectuelles. Mais surtout, les cours de danse les ont aidés à découvrir qui ils sont vraiment.

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Quant à vous, cette obédience vous-a-t-elle changée?

Dans mon métier de chorégraphe, j'étais orientée vers les résultats. J'attendais qu'on suive mes instructions sans poser de questions. J'étais le professeur à qui on devait obéir. Au début, j'avais la même attitude dans mon travail avec les patients. Je me préoccupais de trouver les méthodes pour obtenir le résultat souhaité. Après un certain temps, j'ai compris que l'amour pouvait vous mener bien plus loin que la concentration sur l'efficacité.

J'ai appris à être plus patiente et à surmonter les difficultés. Nos séances de cours ont pris une grande importance pour moi. Elles ne duraient pas plus d'une heure, mais je partais toujours avec un sentiment de bonheur. C’est mon moyen de servir Dieu, c’est une bénédiction. C'est peut-être pour ces cours que le Seigneur m'a amenée au monastère.

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Certaines personnes que nous rencontrons dans notre vie peuvent être très influentes dans notre progression vers Dieu. Avez-vous eu de telles rencontres?

Lorsque j'ai cessé d'enseigner la danse, il me restait cinq ans à travailler avant ma retraite, alors j'ai pris un emploi dans un centre commercial. Il y avait un stand du monastère Sainte-Elisabeth, et c'est ainsi que j'ai rencontré le sœur Olga. Elle m’attirait par sa force et sa beauté spirituelles, par la paix qui émanait d’elle.

Un jour, elle m'a demandé de prier pour elle et les sœurs. Je ne savais pas très bien comment faire; cependant, j'essaie toujours de faire ce qu'on me demande. Ce n’était pas tout à fait une prière, mais j’ai parlé à Dieu. Peu après, j'ai eu ma première confession et j'ai rejoint la communauté des soeurs.

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Votre service au sein de la communauté, que vous-a-t-il appris?

Pour moi, sainte Elisabeth Romanov est un modèle. Avec son amour, elle a éclairé le monde. Elle est descendue de ses hauteurs princières au marché de Khitrov, un endroit épouvantable où étaient rassemblés tous les vices humains. Elle y est allée avec miséricorde pour montrer à ces gens le chemin vers Dieu. Elle n'est pas venue leur dire ce qu'ils devaient faire. Au contraire, elle leur a apporté son attention et sa compassion.

Il est important d'aider les gens, pas avec ce que nous pensons qu'ils ont besoin. Il faut leur donner ce dont ils ont vraiment besoin. Souvent, leur dire quelques mots compatissants ou juste tenir leur main en silence. Cela correspond à l'enseignement de l'apôtre Paul: Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent; pleurez avec ceux qui pleurent (Romains 12 : 15).

Parfois, nous voulons faire tout le monde rejoindre l’Église. Mais le chemin vers Dieu est différent pour chaque personne. Au stand du monastère, j'ai parfois rencontré des personnes qui avaient une attitude consumériste: je paie ‒ vous priez. Mais ce n'est pas une raison pour le désespoir. Beaucoup de ces personnes sont revenues, ayant une attitude différente: ils se sentaient déjà en présence de Dieu. Cela m'a donné une grande joie.

concert des personnes ayant des besoins speciaux

Mon travail dans la communauté des soeurs m'a changé de multiples façons. Le père André Léméchonok aime nous rappeler que les personnes avec lesquelles nous travaillons sont comme des bougies, et que nous devons les aider à briller. Les gens qui viennent attendent que nous les écoutions et que nous ayont de l'empathie. Nous ne devons pas faire semblant de mieux savoir ou leur dire ce qu'ils doivent faire. Il m'arrive encore d'avoir envie d'imposer mes opinions aux autres, et mon travail au sein de la communauté m'apprend à faire preuve de patience et d'humilité.

Je ne suis pas venue à Dieu suite à une tragédie. Je suis venue par gratitude. Je remercie Dieu de m'avoir acceptée et aimée avec toutes mes fautes. J’ai connu Dieu par Sa providence. Aucun effort humain ne peut nous amener à Dieu ou accélérer notre progression. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu (Luc 18 : 27). Dieu trouve un chemin vers chaque cœur.

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