Le froid du métal et la chaleur des cœurs humains

18 janvier 2021

articles église en metal

A la porte de l’atelier des produits en métaux non ferreux, nous avons été accueillis par le bruit des outils. On voyait les regards concentrés des gens qui travaillaient dur et ne prêtaient pas attention aux nouveaux arrivants. Je suis venue là afin de voir de mes propres yeux toutes les belles choses que l’on fait à partir de morceaux de métal et d’apprendre ce que signifie «travailler de tout son cœur».

chandelier en metal

Plusieurs techniques que nous utilisons existent depuis les XVIIe et XVIIIe siècles, explique au début de la visite Ivan, chef de production et adjoint du chef de l’atelier. La galvanoplastie, par exemple, a été découverte il y a plus de 200 ans par le physicien et inventeur Boris Jakoby. Les sculptures sur les arcs, le tambour du dôme et les iconostases de la cathédrale Isaakiyevsky à St-Pétersbourg ont été réalisées dans cette technique. La technique de filigrane est connue depuis le VIe siècle, elle est venue en Russie vers le Xe siècle et a atteint son apogée du XVe au XVIIe siècle.

Ivan est arrivé à l’atelier en 2011 et a gravi les échelons de l’apprenti au chef d’équipe. Aujourd’hui, toutes les questions liées à l’atelier lui sont adressées.

Mon premier travail ici a été celui de couper les tôles de métal galvanisé, explique Ivan. Arrivé le matin à l’atelier, je prenais la disqueuse et je les coupais toute la journée. Vers midi, je serrais l’outil contre mon ventre pour que mes mains ne tremblent pas et le soir je ne sentais plus mes doigts...

icone metal

Lorsqu’Ivan commençait son travail à l’atelier, le système de production était encore en train de se former. Les artisans maîtrisaient par leur propre expérience les technologies de production tout en inventant, mettant au point et améliorant leurs techniques.

Il est intéressant de voir comment se compose notre équipe. Nous avions tous des professions différentes: André était un modeleur, il travaillait au chantier, Paul était ambulancier, André était masseur, et moi, j’étais psychologue. Cependant, chacun de nous a trouvé sa vocation dans cet atelier-ci.

Sans les personnes qui représentent le noyau de l’atelier, il faudrait recommencer tout depuis le début. Notre équipe travaille ensemble depuis 7 ans déjà. Les gens qui viennent ici uniquement pour faire leur travail, ne restent pas longtemps. Ceux qui restent ici, sont les gens qui étaient venus un jour chercher de l’aide et, après avoir reçu cette aide, travaillent maintenant avec gratitude essayant de laisser une part de leur âme dans leurs labeurs. Ce n’est pas juste un simple travail, c’est une vie.

encensoir en metal

L’atelier cherche constamment à élargir la gamme de produits: tabernacles, arches, revêtements pour l’Evangile et les Epîtres, croix, chandeliers, veilleuses d’icônes, encensoirs, etc. On est toujours ouvert aux innovations. Récemment, on a commencé à produire des petites veilleuses et des chandeliers pour la prière à la maison, des porte-clefs et des icônes pour les voitures.

En tant qu’artiste, je préfère ne pas me répéter et plutôt créer du neuf et du frais. Notre atelier est spécialisé dans la production d’articles d’église, mais il est toujours possible d’y apporter une touche originale. J’aime les matériaux naturels: le bois, l’argile, la chamotte. On a eu l’idée de les utiliser avec un métal froid ce qui a donné une série harmonieuse d’encensoirs et de veilleuses d’église.

encensoirs eglise

Aujourd’hui, à l’époque des technologies, l’âme humaine reste attirée d’une manière ou d’une autre par les objets naturels de fabrication artisanale. Tous les objets de notre atelier sont fait-main. On verra toujours la différence entre un article de production en masse, aussi beau soit-il, et un article fait-main.

Olga, la collègue d’Ivan, se joignant à la conversation ajoute: «Le travail ici est une expérience formidable. Je suis très reconnaissante envers cet atelier puisque j’ai la possibilité de m’y réaliser, je sens une confiance de mon supérieur et de mes collègues. C’est quelque chose que j’apprécie beaucoup».

Certes, la question fondamentale à l’atelier reste la foi. Beaucoup d’employés qui sont venus travailler ici n’étaient pas pratiquants tandis qu’aujourd’hui ils prennent part aux sacrements de l’Eglise. Olga en fait partie.

objets eglise fait main

J’ai développé une compréhension de la foi ici. Il y a eu dans ma vie des situations que je n’aurais pu surmonter sans l’atelier, à savoir la possibilité d’avoir un emploi, de travailler à pleine capacité et, ce qui est le plus important, d’avoir trouvé un soutien humain. J’espère qu’on pourra maintenir entre nous de bonnes relations, la patience, l’écoute afin de ne pas fuir le prochain, mais d’aller à sa rencontre.

Quand de nouvelles personnes viennent à l’atelier, c’est Paul qui leur parle de la foi. Paul est diplômé de l’École de catéchisme à Minsk, mais avant cela il était ambulancier au service des urgences. Après dix ans de travail dans la médecine, à une période difficile de sa vie, il a décidé de changer de travail, de se retirer du monde en quelque sorte. Peu de temps après son arrivée à l’atelier, il s’est mis à aider au sanctuaire comme servant et à chanter au chœur d’hommes du monastère Sainte Elisabeth.

bracelet en cuir artisanal

Ici, j’ai trouvé un nouveau sens à ma vie qui se trouve à présent au centre de ce que je fais. Travaillant au monastère et fabriquant des objets liturgiques, toute ma vie est dirigée vers le changement de mon état intérieur. Si je ne le fais pas, les gens qui sont autour de moi vont souffrir, et ceci est inadmissible. Le changement intérieur ne peut pas se produire sans l’aide de Dieu, mais je dois faire des efforts. Mes obédiences à l’atelier, au chœur et au sanctuaire font partie de ce travail intérieur.

On tombe toujours du côté où l’on penche, comme on dit. C’est particulièrement vrai au monastère. L’ennemi ne va pas réinventer la roue, mais il frappera toujours sur vos points faibles. Si vous avez du mal à vous retenir pour ne pas vous irriter, vous vous irriterez encore plus, si vous avez l’habitude de bavarder et de juger, vous serez tenté de le faire encore.

icone saint nicolas

Il est nécessaire de persévérer dans la patience, de se surmonter. Tout ceci est un travail spirituel. On ne peut pas faire autrement. On a ici des obédiences. Les gens viennent au monastère pour se changer eux-mêmes, pour apprendre l’humilité, pour acquérir une paix intérieure. Mais il y a des gens qui attendent que les moniales soient humbles sans l’être eux-mêmes. Ils raisonnent ainsi: «nous sommes venus ici et vous devez être justes, saintes et payer un bon salaire». Cependant, on vient au monastère pour travailler pour Dieu. Le père André Léméchonok aime citer les paroles de l’apôtre Paul: "Donnez votre sang, recevez l’Esprit". C’est justement ce principe qui fonctionne ici.

La moniale Evguénia, le chef de l’atelier, parle de la lutte spirituelle, de l’importance de la prière et de la participation aux sacrements de l’Eglise.

moniale orthodoxe

La première année, j’ai insisté pour que le jeudi tous viennent à l’office Divin. J’ai réalisé quelque temps après qu’il était impossible d’imposer la foi. Personne ne peut être emmené au ciel contre sa volonté. Lorsqu’il travaille au monastère, l’homme doit avoir la responsabilité et se rendre compte combien il est important de prier, de se confesser et de communier pour tenir bon dans la lutte spirituelle qui continue quotidiennement. L’ennemi est littéralement derrière nos dos. Nous produisons des objets liturgiques qui vont se trouver au sanctuaire et l’ennemi ne nous laissera pas.

C’est pour cela que chaque journée à l’atelier commence par la prière: la règle de prière du matin, la lecture de l’Evangile et des Épîtres, dix prières de Jésus et la prière pour l’unité de l’archimandrite Sophrony (Sakharov). A midi, on lit un acathiste aux différents Saints, notamment à Saint Jean, archevêque de Shangaï et de San Francisco, à Saint Georges le Victorieux (une parcelle de ses reliques se trouve dans un reliquaire à l’atelier), à Saint Spyridon de Trimythonte et à Saint Nicolas. On demande à la Mère de Dieu la protection pour ceux qui sont venus ici ayant une dépendance à l’alcool et à la drogue, en lisant l’acathiste à son icône «Calice Inexhaustible».

pelerinage orthodoxe

Curieusement, les membres de l’atelier prennent congé tous en même temps. Chaque année, la moniale Evguénia organise des pèlerinages de plusieurs jours. Les travailleurs de l’atelier et leurs familles ont déjà visité le monastère des Grottes de Pskov, l’ermitage de Saint Nicandre de Pskov, les monastères des îles de Solovki et de Valaam. Selon les paroles de Mère Evguénia , ces pèlerinages renforcent l’unité de l’équipe et son moral pour toute l’année.

soeur orthodoxe

Aujourd’hui, 15 personnes travaillent à l’atelier. Il n’y a pas longtemps, quelques jeunes filles, diplômées de l’école de bijouterie, ont rejoint l’équipe. A ma question sur les objectifs futurs de l’atelier, la moniale Evguénia répond avec un sourire:

«Acquiers l’esprit de paix, et des milliers seront sauvés autour de toi». Je voudrais que nous soyons tous unis et que nous ne nous jugions pas les uns les autres. Lors de la production des objets liturgiques, il est nécessaire d’avoir une coordination et une assistance mutuelle. Il faut dire que ce n’est pas facile de les garder car l’ennemi cherche tout le temps à nous distraire et à nous égarer. Quiconque travaillant à l’atelier doit continuer à évoluer et non pas rester figé. Dans la vie spirituelle, à aucun moment on ne peut se permettre de s’arrêter dans sa progression. Tout d’abord, l’homme doit avoir une responsabilité intérieure et se rendre compte pour Qui il travaille ici et pourquoi.

medaillon en pierre

Toute obédience sert à découvrir et à corriger quelque chose en nous. Voilà pourquoi il est nécessaire d’avoir un esprit vigilant et de garder fermement le lien avec Dieu afin de voir et de comprendre ceux qui sont à côté de nous.

10.09.2019

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