L’endroit où l’on commence le cheminement vers la vie nouvelle

23 décembre 2020

centre hebergement pour femmes

Souvent nous n’apprécions pas le bonheur simple de notre vie, comme, par exemple, se réveiller tous les matins dans son chez-soi, acheter des biscuits pour prendre du thé avec, téléphoner à son mari ou embrasser son enfant à tout moment. Réfléchir sensément, respirer l’air frais, admirer de beaux paysages en conduisant une voiture.

Les femmes devenues habitantes du Centre d’accueil fondé sur le territoire d’une ferme du monastère Sainte Elisabeth, sont privées du bonheur habituel. Plusieurs d’entre elles n’ont pas leur chez-soi, certaines ont subi une ou deux fois la peine. Elles connaissent ce que veut dire être abandonnées par leurs proches ou la situation quand leurs enfants sont placés à l’orphelinat. Sur certains visages on peut voir les traces de la dépendance à l’alcool. Il y en a aussi quelques unes qui souffrent de maladies psychiques. Chacune d’entre elles a son histoire qu’elles ne partagent pas beaucoup avec les autres, que ce soit une personne étrangère ou même une nouvelle venue au Centre. Cependant, elles aiment beaucoup la moniale Barbara (Atrasevitch) qui est la responsable de ce Centre d’accueil.

femmes en difficulte

A la porte d’entrée, nous voyons un écriteau qui dit: «L’entrée est autorisée avec la bénédiction du père spirituel de la communauté». Il y a une vie derrière cette porte. Cette dernière est comme une frontière en quelque sorte. Pour les femmes qui se sont habituées à associer la vie à des plaisirs mondains, des amusements et toutes sortes de passions, la vie ici comme si prend fin. Par contre, pour celles qui sont fatiguées par l’agitation du monde, qui cherchent le repos et la paix pour leur âme et de la nourriture pour le corps, la vie commence seulement.

Le travail et la prière font partie de cette vie. C’est un cheminement lent et difficile, pendant lequel il peut y avoir des chutes. Cependant, il est nécessaire de se relever pour continuer le mouvement. On y fait aussi les efforts de se libérer du fardeau des péchés qui se sont enracinés au cours des années.

Depuis 2011, quand le monastère Sainte Elisabeth a fondé un Centre d’Accueil pour femmes, près de 300 femmes y ont reçu une aide. Avec la bénédiction du père spirituel de la communauté, la moniale Barbara est chargée de la gestion du Centre. Nous avons parlé à la sœur pour nous rappeler les premières années de fonctionnement du Centre et voir comment tout a commencé.

moniale orthodoxe centre de reinsertion

Tout d’abord, il était nécessaire de déraciner les habitudes nuisibles, nous raconte sœur Barbara. On essayait au début de persuader les femmes d’arrêter de fumer. Ensuite, après la célébration de la première liturgie, le père André a dit: «Je vous donne une semaine pour vous reprendre. Il n’est aucunement question d’alcool dans le Centre».

Il a été autorisé de fumer seulement en dehors des murs du Centre d’Accueil. Ce n’est pas chacune de ces femmes qui a voulu cesser de fumer. Elles plaisantent que si elles le font, il n’y aura rien à dire alors à la confession.

Des femmes âgées de presque quatre-vingt ans habitent chez nous. Certaines fument pendant toute leur vie consciente. Il est difficile de cesser. S’il y a une nouvelle venue qui fume, cela fait une tentation pour les autres. Une des femmes s’est forcée à arrêter pendant un an et demi et finalement, après de nombreuses tentatives, elle a persévéré dans sa résolution. Son mode de pensée a changé d’un coup et elle a de quoi se confesser, ajoute sœur Barbara.

Au commencement, il y avait dans ce domaine du monastère seulement quatre femmes qui se sont retrouvées dans des circonstances difficiles au cours de leur vie. Plus tard, il y avait une période où à la fois plus de 40 femmes étaient habitantes du Centre. Aujourd’hui leur nombre atteint 30 personnes. Sœur Barbara qui se trouve là depuis la fondation de ce Centre d’Accueil, prend soin, inspire, encourage, donne des conseils et prie pour ces femmes.

priere orthodoxe au centre hebergement

Lorsque les femmes étaient encore peu nombreuses ici, j’essayais de parler à chacune d’elles individuellement, raconte la religieuse. Le soir, je venais les exhorter à garder le silence afin d’éviter l’oisiveté expliquant qu’elles ne pourront pas aider les unes les autres avec des conversations, mais que cela peut seulement aboutir à critiquer les autres.

Après des années de vie côte à côte avec des femmes défavorisées, sœur Barbara remarque que celles-ci ont du mal à reconnaître leur infirmité ou dépendance. Le repentir doit venir du fond du cœur. Si leurs pensées sont occupées par le travail, il y a donc moins de risques de revenir au mode de vie d’avant. Plus ces femmes prennent soin des autres, moins elles ont de mauvaises pensées.

Il est encore plus difficile de combattre les mauvaises habitudes qui ont atteint leurs âmes. Quand l’individu ne fait plus confiance à personne et ne compte que sur ses propres forces, il lui est beaucoup plus difficile d’accepter de travailler en collectivité que d’arrêter de fumer. Une fois que la personne commence à voir ce Centre comme sa maison, elle commence à aller mieux. Recevant une modeste rémunération pour leur travail, certaines femmes la partagent avec le Centre ou bien achètent des friandises pour toutes les sœurs qui y habitent.

Ce domaine du monastère connaît aussi des histoires heureuses des femmes qui créent leur familles, trouvent un travail, se réunissent avec leurs enfants.

ferme lapins monastere sainte elisabeth

Un garçon, Michel, a vécu ici pendant quelques années. Peu de temps après sa naissance il s’est trouvé dans le Centre d’Accueil avec sa mère. L’enfant a été placé sous la tutelle de la moniale Barbara puisque sa maman souffrait d’un trouble psychique.

Tout le monde aimait le petit. Si une femmes du Centre était triste ou chagrinée, le fait de parler ou de jouer avec l’enfant pouvait soulager son état.

Michel a sept ans et demi maintenant. Il vit avec son père, mais cet endroit lui manque beaucoup. Il vient de temps en temps à la ferme, ainsi qu’il y passe les vacances.

Aujourd’hui, trois enfants demeurent là avec leurs mères et sont une joie pour les habitantes du Centre. Une des femmes après le divorce avec son mari a commencé à boire. Deux de ses enfants aînés ont été placés à l’orphelinat tandis que le tout-petit est resté avec elle. La fille va avoir trois ans. La mère s’est habituée à ce nouvel endroit et souhaite faire revenir ses enfants aînés auprès d’elle. Encore une femme, après que son mari l’a abandonnée, a dû quitter le logement social et restant avec deux enfants, l’un âgé de quatre mois, l’autre de quatre ans, s’est rendre au monastère pour demander un abri. Depuis le printemps dernier, ils habitent au Centre. S’habituant petit à petit à la vie nouvelle, les femmes se remettent et n’ont plus à s’inquiéter pour le logement.

eglise saint serge de Radonege

L’église en bois dédiée à Saint Serge de Radonège s’élève vers le haut au centre du territoire de la ferme. Bâtie sur le lieu de l’ancienne église qui avait été ravagée par un incendie, cette nouvelle église est presque achevée. La Divine Liturgie y est célébrée tous les mardis. Au début du mois d’août, un mariage y a eu lieu pour la première fois. Un couple d’un village des environs a souhaité sanctifier leur union dans cette église.

mariage orthodoxe eglise

La vie au Centre suit son cours: la prière du matin, le petit déjeuner, le travail. Le travail à la ferme comprend les activités différentes dont l’élevage des dindes, des poules, des chèvres. Ces femmes réalisent aussi des travaux de couture en confectionnant de différents objets à partir de matériaux qui restent à l’atelier de broderie du monastère. Une des nouveautés de leur œuvre est l’emballage en tissus pour les produits céramiques. Cette ferme est aussi l’endroit où a été ouvert l’atelier de conditionnement des plantes médicinales. Des petits pâtés délicieux à la confiture d’abricot, aux choux, aux pommes de terre que l’on peut acheter au magasin près du monastère, sont aussi faits là. On y fait également des choucroutes et on effectue le fumage de poissons dans un local aménagé à cette fin. Les femmes préparent aussi des rameaux décorés pour la fête de l’Entrée du Christ à Jérusalem (le Dimanche des Rameaux). Leur stock se trouve dans un ancien abri de bombardement qui servait de cave où l’on cultivait précédemment des champignons, les pleurotes.

En hiver, il y a moins de travaux ménagers et sœur Barbara a mis beaucoup de temps pour trouver une occupation pour les femmes. Ainsi, elle s’est souvenue de son expérience de chants de Noël en Pologne et a décidé de mener une action pareille avec les femmes du Centre d’Accueil. Depuis lors, chaque année en janvier, pendant la période de Noël à la Théophanie, elles vont dans les villages environnants avec les chants qui annoncent et célèbrent la venue en notre monde du Sauveur. Les habitants les accueillent chaleureusement et avec beaucoup de joie et les récompensent généreusement avec des bonbons et d’autres friandises.

repas centre hebergement pour femmes

Les femmes qui ont séjourné une fois dans ce Centre d’Accueil en partagent l’information avec d’autres. Ainsi, sœur Barbara reçoit beaucoup d’appels téléphoniques et de lettres de femmes qui se sont retrouvées dans une situation désespérée. Elle y répond avec une bonne parole, avec un conseil spirituel. Il lui a été de même confié d’accueillir les nouvelles arrivantes. Après une interview avec la sœur, toute personne sera dirigée parler au père André.

Très souvent, des infirmes nous demandent de rester à la ferme mais nous n’avons pas la possibilité de prendre soin d’elles, dit la religieuse. Nous acceptons seulement celles qui souhaitent travailler et consentent à vivre selon le mode de vie du Centre d’Accueil. Les femmes qui préfèrent mieux boire l’alcool, fumer et causer des ennuis aux autres, sont demandées de leur trouver une autre demeure.

Afin de ne pas refuser l’accueil à des infirmes, on a un rêve d’organiser ici un hospice pour les personnes âgées et infirmes. Ainsi, on prendrait soin d’elles et les femmes participeraient à cette œuvre. Encore une idée est de créer un village d’enfants où avec leurs enfants pourraient s’installer les mamans n’ayant pas leur domicile ou les moyens d’existence.

Un grand souhait de la moniale Barbara est celui de bâtir des maisons à l’extérieur du Centre d’Accueil pour que ses habitantes puissent s’installer, créer leurs familles et vivre dans le voisinage de l’endroit où l’on commence le cheminement vers la vie nouvelle.

ferme aux legumes monastere

En écoutant les histoires de leurs vies, j’ai ressenti combien cela est difficile à ces femmes de sortir de l’impasse et combien de douleur il y a dans leurs âmes. Aussi, comment sœur Barbara réussit-elle à ne pas perdre courage et à garder la force de son âme?

J’accepte tout comme la volonté de Dieu, dit-elle. Donc, ce qui s’est passé dans la vie de chacune d’elles a eu lieu par la providence. J’essaie de ne pas perdre l’espoir mais, en même temps, de ne pas trop me réjouir. Je cherche le juste milieu. Je leur explique que tout ce qui se passe a une raison.

Cependant, trouvant que la vie calme et mesurée de notre Centre est difficile à supporter, certaines femmes s’en vont à la “liberté”, mais quelque temps après elles nous écrivent des lettres se trouvant en prison. Il arrive aussi qu’elles reviennent ayant reconsidéré leur vie. Celui qui décide de nous quitter est libre de partir. On les laisse à la volonté de Dieu. On lit le Psautier pour chacune de ces personnes.

Se trouvant vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans le Centre d’Accueil, sœur Barbara fait part de ses rêves:

Je voudrais parfois rester dans le silence, passer le temps dans ma cellule au monastère. Il m’arrive rarement en hiver de dormir là-bas. À peine me mets-je à lire ou à me reposer après la liturgie que le téléphone sonne. Quelque chose est arrivé et il faut donc remettre le repos à plus tard.

***

Si vous voulez apprécier combien tout va bien chez vous, venez visiter ce Centre d’Accueil. Si vous voulez vous rendre compte que tout va mal chez vous, venez visiter ce Centre d’Accueil. Là, sur une superficie de neuf hectares, ses trente habitantes prient, travaillent et font des efforts pour arracher l’ivraie de leurs âmes.

Article de Lubov Loutsevitch

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