Un chemin difficile et épineux vers Dieu

14 janvier 2021

centre hébergement monastere sainte elisabeth

Comme l'a écrit notre sainte patronne, la grande duchesse Elisabeth, l'image de Dieu dans une personne peut s'assombrir, mais elle ne peut jamais être détruite. Aujourd’hui nous avons demandé à un des frères de notre centre d’accueil et de réhabilitation, Rouslan Gourine, de partager l’histoire de son cheminement vers la restauration de l’image de Dieu en lui-même, des difficultés rencontrées en cours de cette route et de son expérience pour les surmonter.

«Dans ma course à travers la vie j'étais sur le point de m'écraser dans un virage serré»

Si nous parlons de ma vie avant de venir à Dieu, alors tout le temps j'ai vécu comme si j'avais le feu vert partout, le rouge n'existait pas. J’avais beaucoup de liberté, j’étais laissé à moi-même. Dans ma course à travers la vie j'étais sur le point de m'écraser dans un virage serré.

atelier icones orthodoxes

J’étais le plus jeune des quatre enfants de la famille. Dans les années 90, mes parents ont eu des difficultés, et j’ai été envoyé avec mon frère dans un internat. Ainsi, à l'âge de 10 ans, j’ai déjà commencé à vivre séparément de mes parents.

La première année a été difficile, mais ensuite je me suis senti libre. Je voyageais, je pouvais partir pour un week-end ou pour les vacances sans rien dire à ma mère. Elle pensait que j’étais à l’internat. Rassemblements, fêtes, musique alternative, bière, weed – j’avais tout ça. Dans mon esprit immature je pensais que j'avais une belle vie.

Après l’internat je suis entré à l’école d’agriculture, mais les études ne m’ont pas intéressé. Je pensais que l’armée m’aiderait. Après le service, j’ai terminé l’école des sous-officiers et j’ai rejoint la police. Je me suis marié, mais le mariage n'a pas duré, nous avons divorcé deux ans après. L’alcool est entré dans ma vie, et je n’écoutais plus personne. J'ai commencé à avoir des problèmes au travail et j'ai dû démissionner. Les relations avec le frère et la sœur aînés ont été rompues. Ils voulaient que j’aie un but et que je fasse du progrès, mais moi, il me fallait seulement de l’argent pour les besoins de ma vie déréglée, je ne pensais à rien de plus.

J’ai commencé à vivre de la contrebande, j’allais du Bélarus en Russie et en Pologne en achetant et en revendant des choses. De temps en temps, j'entrais en conflit avec la loi, mais les parents m'aidaient. Une fois qu’ils n'ont pas pu m'aider, je me suis retrouvé en prison: une affaire pénale a été ouverte. L'enquête a duré un an et demi. Finalement, l'affaire a été classée, mais j'ai dû passer ce temps dans plusieurs centres de détention provisoire. Je voulais vivre une vie normale, m'installer, fonder une famille, élever des enfants. Cependant je continuais à remettre toutes les décisions importantes à plus tard.

L’aide de Dieu et Sa grâce au coeur

En 2003, je suis venu pour la première fois au monastère de l’Assomption de Zhirovichi, et dès lors, j’y suis venu à des moments difficiles de ma vie. Pour moi, le monastère était comme une bouée de sauvetage. J'y restais comme travailleur, je me rétablissais spirituellement et physiquement après mes débauches, puis je repartais. Un des frères là m’a dit que je venais noir comme une botte militaire et que je repartais rose comme un cochon nouveau-né.

croix orthodoxe russe

Quand moi, un néophyte, j'ai reçu la grâce, je suis resté longtemps à Zhirovichi, puis j'ai commencé à venir moins souvent, une fois par deux ans. Finalement, je n’y suis pas allé pendant quatre ans.

C’est dans un centre de détention provisoire que j’ai entendu parler pour la première fois du centre d'hébergement et de réinsertion sociale du monastère Sainte Elisabeth. Il y avait des personnes qui en ont dit beaucoup de bonnes choses, mais je ne pouvais pas y croire: si c’était vrai, pourquoi étaient-ils partis, pourquoi se trouvaient-ils en prison et non pas là-bas?

J'ai été libéré en mai 2011, j'ai déménagé à Minsk et trouvé un emploi sur un chantier de construction. Je pensais que je n'avais pas besoin d'aller au centre d'hébergement. Mais la dépendance à l’alcool se faisait sentir, il fallait donc agir. Je voulais aussi arrêter d'être un perdant. Quand j'ai pris ma décision, je suis allé au monastère voir le père André un samedi, j'ai fait une longue queue pour me confesser, je lui ai raconté ma vie et il m'a béni pour aller au centre de réhabilitation.

A la ferme du centre, j'ai retrouvé l’intérêt pour la vie. J’ai ressenti la grâce, c’était une vie nouvelle qui commençait. Nous avons restauré la maison où nous vivions, ayant fait des réparations de nos propres mains. Il y avaient ceux qui ont collé des papiers peints pour la première fois de leur vie — pas correctement, mais ils l’ont fait eux-mêmes.

icone artisanat

Nous avons également restauré l'église de la Nativité de saint Jean Baptiste au cimetière local. Pour nous, c'était un vrai miracle, compte tenu de nos vies passées pleines de péchés. Souvent ce travail que nous avions à faire, nous n’en avions jamais fait rien de pareil auparavant.

Après quelques mois à la ferme j’ai été invité à travailler à l’imprimerie du monastère. Alors que je travaillais là-bas, une sœur m'a demandé de l'aider à déplacer des patients en fauteuils roulants à l’internat pour enfants de l’hôpital psychiatrique. Quelque chose a cliqué en moi quand j’y suis arrivé pour la première fois. J’ai commencé à passer de plus en plus de temps avec les enfants de l’internat, je voulais être utile, comme dans la majorité ce sont les femmes qui y travaillent. J’emmenais les enfants aux activités et à faire des promenades, je les aidais pendant leurs repas. Ces enfants voient le monde d'une manière spéciale, très différente, et nous aident à découvrir la beauté des choses ordinaires. Un prêtre qui visitait les enfants à l’internat, a dit que beaucoup d’entre eux ne pouvaient même pas se lever seuls pour regarder par la fenêtre, mais que cela ne leur empêchait pas de sourire. J’ai donc compris que ces enfants sont heureux des choses que nous ne remarquons plus.

La miséricorde et le pardon

Avant d’arriver au centre de réhabilitation, j’ai eu l’occasion de parler à quelqu’un qui y avait vécu. Il en parlait avec tant de ressentiment et de colère, racontant qu’il avait été exploité. Je ne l’ai pas cru. Il a pourtant admis qu’il avait quitté la ferme plusieurs fois et repris ses anciennes habitudes. J’ai donc pensé: «On t’a pardonné quand même». Comme il s’est avéré plus tard, il avait été pardonné et accueilli plusieurs fois.

icone jesus christ

J'aimais le péché moi-même, et ce n'était pas facile pour moi de le déraciner. J’étais payé pour mon travail à l’imprimerie. Avec l’argent, les besoins sont apparus immédiatement. A la ferme je me passais facilement d’un portable, mais voilà que j’en ai eu un besoin urgent et, pour une raison quelconque, pas moins que d’un smartphone.

L’ennemi ne dort pas : j’ai commencé à juger les autres, j’ai craqué, mais ayant réalisé ma faute, j’ai demandé pardon et je suis retourné à la ferme. Six mois après, on m’a confié le travail au magasin du monastère. Je foirais des choses, je partais et je revenais, on me pardonnait. Au lieu de mener un travail intérieur, je me suis mis bien à l’aise : une erreur — une confession — le pardon. Les résultats de cette négligence n’ont pas tardé à se faire sentir. Petit à petit j’ai arrêté de venir à l’internat, en été seulement j’ai accompagné les enfants qui allaient dans un camp. Une fois dans la ville, j’ai fait le tour des «hotspots», mais je me sentais toujours abattu. J’étais sur le point de devenir accro à la drogue. Ma copine m’a aidé : elle m’a fait une perfusion intraveineuse et m’a demandé de revenir au centre de réhabilitation.

Pas à pas : la sortie de l'abîme

Le père Evgény dit que pour laisser entrer le Seigneur dans notre cœur, nous devons le libérer du péché d’abord. Le père explique que la dépendance est une maladie que Dieu peut guérir. Il faut prier le Seigneur, mais aussi nous devons faire nos propres efforts pour éradiquer le péché en nous.

Au centre de réhabilitation j’ai commencé à travailler dans l’atelier de gravure au laser. Je fais des icônes. C’est une autre chance que Dieu m’a donné.

Je ne peux pas dire que j’ai beaucoup changé, mais je comprends que Dieu agit à Sa manière. Je vis dans la sobriété depuis plus d’un an, mais je ne fais pas encore de projets pour l’avenir. A ce moment la meilleure variante pour moi est de rester ici, au centre. Tout d’abord je dois réussir à ne pas toucher à l’alcool pendant trois ans, et tout le reste sera donné par-dessus.

icone creation

Le père Evgény Pavelchuk, qui dirigeait un groupe de sobriété au monastère, a dit un jour que nous connaissions toute la saleté, mais au monastère, nous en avons été lavés. C'est une grande bénédiction que le monastère existe, que les sœurs accomplissent leur ministère unique en essayant d'aider les gens qui se sont trompés dans leur vie et qui ont tout perdu. Elles sont prêtes à pardonner à leurs frères encore et encore. C’est un endroit où l’on se rend compte à quel point le Seigneur nous aide dans cette vie. C’est aussi un endroit où l’on retrouve l’espoir de recevoir Son pardon.

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