On nous aide à être autonomes dans la vie

8 juin 2021

moniale orthodoxe minsk

Depuis plus de deux ans, l’atelier «Dobrodel» [bienfaisance] pourvoit à des emplois des personnes atteintes de certains troubles qui ne leur permettent pas de trouver un emploi sur le marché du travail.Nous avons parlé au chef, la novice Alexandra, mais aussi à trois travailleurs de cet atelier, comment est organisé leur travail et comment leur vie a changé depuis qu’ils sont à l’atelier.

Novice Alexandra (Markova), chef de l’atelier

Cela fait deux mois que j’ai cette obédience. Lorsque je suis venue ici, l’atelier ne fonctionnait pas au cours de cinq mois à cause des restrictions de la quarantaine. En plus, l’atelier était en train de déménager dans un nouveau local. Dans un premier temps, je réfléchissais comment je pouvais faire pour réussir cette tâche. Je priais Dieu de me donner des forces. "Ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu", est- il dit dans l’Évangile (Luc 18:27). Dieu est Amour. Les gens avec qui je travaille, toujours sentent cela et il n’y a donc pas besoin de chercher spécialement une approche d’eux.

Il y a, par exemple, un homme qui est en état de dépendance au jeu. Il m’est arrivé plusieurs fois d’entrer en conflit avec lui, mais après, je l’ai plaint et j'ai découvert en lui une autre personne. Je pense que toute obédience est un amour.

cadeau fait main

Je voudrais que l’ambiance à l’atelier soit remplie de beauté et de prière. L’amour et la prière doivent remplir tout notre travail. Depuis le début, je considérais comme très important que l’on prenne les repas ensemble à la même table. Il est aussi important pour nous de célébrer des fêtes, celles d'Église ainsi que les anniversaires, pour lesquelles nous achetons des gâteaux, les mangeons ensemble et offrons un cadeau.

Les gens qui travaillent chez nous sont particuliers. Ils sont douze aujourd’hui, comme les apôtres.Tous ont un potentiel créatif assez haut. Regardez Katya, comment elle dessine sur les boules pour sapin de Noël,elle qui a de la difficulté à parler.Cela demande d’avoir une aptitude pour faire un dessin sur une surface sphérique.Sœur Hélène n’a pas d’éducation spécialisée mais elle fait tout comme une artiste qualifiée. Elle réalise de beaux travaux! Chacun d’entre eux, Dieu les a envoyés ici.

Nous faisons beaucoup de belles choses, comme des boules pour sapin de Noël,des cartes postales, des souvenirs. Nous pensons produire des objets aux sujets spirituels: des figurines des anges, des carnets avec les commandements bibliques et les citations des apôtres et des saints. A présent, nous sommes occupés à exécuter la commande d’une imprimerie: ils ont imprimé une quantité de sacs en papier pour les cadeaux de Nouvel an que nous plions depuis deux jours déjà.

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On nous paye pour ce travail, cependant la rémunération n’est pas élevée.Nous voudrions que les frères et les sœurs soient payés davantage et que nos produits se vendent.Suite à un accord avec un centre commercial de Minsk, il y a été organisé un stand avec nos produits. Le premier pas est fait mais nous avons besoin de plus de commandes et de plus de financement.Je suis sûre qu'en voyant notre intention, le Seigneur nous aidera. Il est important pour les gens ici de savoir que leur travail est demandé et apprécié.

Dmitry, 25 ans:

La novice Alexandra nous présente Dmitry: «Dmitry est atteint d’autisme. Il vit une vie pure et honnête. Il est doux et amical. Quand je le vois, je souris involontairement et des larmes apparaissent dans mes yeux. L’âme se réjouit!»

«Cela me plaît ici,» dit avec assurance Dmitry. «Je dessine d’habitude sur des céramiques, je peux peindre sur des clochettes ou sur autre chose. Ma maman a appris à dessiner dans son enfance.Elle m’a appris à dessiner moi-aussi. Je venais à un studio de dessin. Mes images sont devenues meilleures grâce au studio.

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Je crois en Dieu. Il m’aide.Je visite des églises. J’aime être à l’église. J’aime venir aux offices, je m’y sens bien. J’aime voir le prêtre et les paroissiens. Je connais par cœur quelques prières.

Encore, j’aime chanter. Je chante tout le temps. Nous allons obligatoirement chanter à mon anniversaire, le 2 février, le souhait de «Nombreuses années de vie». J’aime l’été et le soleil. C' est bien en été, on peut se baigner et bronzer au soleil.»

Anna, 24 ans:

Quand ma maman m’a amené ici, je me trouvais en état très grave. J’ai déjà été mise à l'Hôpital psychiatrique à Novinki dix fois. Je suis peintre de formation mais il me semblait que j’ai perdu ma compétence non seulement dans le dessin mais aussi que je ne savais plus faire un travail. Il y avait des crises de la maladie.Je me sentais comme si inutile, j’allais devenir folle à cause de la solitude.

A l’atelier je fais principalement des sacs artisanaux. Ce travail est simple mais passionnant et le temps passe très vite.Nos travaux sont beaux et modestes. Je réussis facilement avec tout. Le travail m’aide à me lever le matin et à avoir un ordre dans ma vie. Si je reste chez moi, je peux dormir très longtemps, par exemple.

carte fait main

J’ai essayé de travailler ailleurs mais c’est ici que mon psychisme ne me cause pas de troubles et tout va plus ou moins bien. J’aime l’atmosphère amicale ici et en plus de pouvoir travailler, on peut communiquer avec d’autres gens. Je connais tout le monde ici, c’est comme la maison.

Le travail à l’atelier fortifie la foi: nous prions ici et apprenons à être positifs et optimistes. Cela me rassure et consolide la paix dans mon âme. Je suis heureuse de me trouver à cet endroit où on aide à se mettre sur ses pieds.

Il n’y a pas longtemps, j’ai commencé à dessiner à nouveau.Je le fais pour moi-même et je mets les images dans un carton à dessins.Je sens que ma vie revient à son cours normal et que tout va bien chez moi.

Valentina, 50 ans (le prénom a été changé pour garder l’anonymat)

J’ai reçu une formation d’ingénieur. Un an après avoir terminé mes études universitaires je me suis retrouvée à l’hôpitalpsychiatrique.Ma maladie est héréditaire, mon père a été atteint de cette maladie alors qu’il avait 43 ans.La mienne est survenue juste après que j’ai mis au monde mon fils, mais en ce temps-là, les médecins ont été sûrs que j’allais me rétablir.

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Quand la maladie m’est survenue, toutes mes amies universitaires se sont détournées de moi.Elles sont venues un jour chez moi, ont vu l’état dans lequel j’étais et ont dit à ma maman: “Nous sommes désolées mais dites-lui que nous ne pouvons pas lui rendre visite. Nous l’aimons, elle est bien mais nous ne pouvons pas la voir malade.” Je me sentais alors seule et voulais beaucoup avoir de la compagnie.

Au bout d’un certain temps, j’ai reçu un taux d’incapacité. Mais avant cela,je me trouvais sous l’observation médicale et la maladie me permettait de travailler mais pas comme ingénieur. J’ai essayé à différents endroits: dans une école, dans le jardin botanique où je plantais des fleurs, comme un contremaître à l’usine des plastiques. Au travail, personne n’a été au courant de mon état, mais lorsque le taux d’incapacité m’a été attribué, il n’était plus possible de cacher cela.

Pendant que mes parents étaient encore vivants, je demeurais avec eux pendant six ou sept ans sans travailler. Je voulais seulement me reposer, dormir et ne pas être dérangée. Ma maman me laissait des feuilles sur lesquelles elle me disait ce que je devais faire: “Balaie le plancher aujourd’hui, sors prendre de l’air au balcon, va dehors pour un temps.” Quand ma maman est morte, j’ai dû apprendre à vivre indépendamment, à payer les services communaux, à faire la lessive. J’ai demandé à mon papa malade de vivre avec moi.Lorsqu’il est mort, j’avais un endettement de douze mois pour le loyer.Je ne sais pas jusqu’ici lire le compteur de gaz et d’eau. C’est mon fils qui paie pour moi maintenant mes factures des services communaux. Il a vingt ans, il a un travail et il est en bonne santé. Tous les gens avec une invalidité veulent travailler et se trouver dans la société, personne ne veut rester à la maison. Nous sommes la charge de nos familles, on peut entendre ces paroles de nos proches. Nous avons de petites pensions et il est difficile d’avoir une personne à charge, comme nous. Une amie m’a parlé de cet atelier du monastère Sainte Elisabeth. Pour les personnes comme moi, c’est la seule possibilité réelle de travailler. Ça fait deux ans que je suis ici. Je fais des sacs artisanaux et des cartes postales. Il y a trois ans, j’ai fait connaissance avec mon mari et nous sommes arrivés ici ensemble. Nous avons la rémission maintenant. Gloire à Dieu pour tout. Je suis mariée, j’ai un travail, une occupation qui me plaît.

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Cet atelier fonctionne depuis plus de deux ans à notre monastère.Là, les personnes atteintes d’une incapacité ont la possibilité de travailler, de rompre leur solitude et l’isolement, de se sentir utiles. Chacun ici a son poste de travail et des tâches pour la journée, celle-ci commence à 10h et se termine à 14h 30.

Vous pouvez nous aider ayant passé une commande pour nos produits. Suivez ce lien pour voir les exemples de nos travaux.

Nous recevons aussi des dons.

En cas de questions supplémentaires, veuillez nous contacter par SAINTE.ELISABETH@GMAIL.COM

 

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