La soeur Lubov: Notre unité est une grande valeur

24 février 2022

La seur de la charite Lubov Kovalenko

Lubov Kovalenko est devenue soeur de charité dans les années 1990. Elle a montré la voie vers Dieu à de nombreuses personnes qui gardent un bon souvenir d’elle. Aujourd'hui, une de nos premières sœurs parle de son chemin vers l’Église, du service de son prochain, de l'amour et de l’unité.

Vous avez grandi dans une famille soviétique, vous êtes allée dans une école soviétique où l'on ne parlait pas de Dieu. Avez-vous néanmoins ressenti Sa présence?

Mes parents m'ont baptisée quand j'étais bébé. Nous avions beaucoup d'icônes dans la maison. J'ai grandi dans une famille où régnaient la paix, l'amour et l'harmonie. Mes parents ont vécu heureux ensemble pendant 60 ans. Quand j'avais 4 ou 5 ans, ma grand-mère m’emmenait à la communion. La veille des grandes fêtes, mes deux grands-mères pratiquaient le jeûne strict. Malgré l'ère de l'athéisme, Pâques, Noël et la Pentecôte étaient toujours célébrés dans les villages. 

Kovalenko famille

J’ai passé ma vie scolaire sans penser à Dieu ni à l'Église. Mais dès mon plus jeune âge, dans mon cœur, je ne pouvais pas accepter la mort. J'aimais regarder les étoiles le soir et je pensais qu’il y avait une autre vie quelque part − il devait y avoir une continuation de la vie terrestre.

Dès mon plus jeune âge, j'ai toujours été à la recherche de mon vrai moi. Par la providence de Dieu, je me suis retrouvée à Minsk. J'y ai fait mes étudies, puis j'ai commencé à travailler dans une usine où il y avait une section d'alpinisme que j’ai rejointe. Je voulais grimper plus haut et voir le monde de là. Les étoiles sont plus proches dans les montagnes qu'en ville: le ciel entier en est parsemé.

Notre groupe se préparait à escalader l'Elbrouz. L'altitude à conquérir était de 5642 mètres, deux sommets. L'ascension a été difficile. Nous nous sommes arrêtés sur un glacier. La nuit, un terrible orage a éclaté, avec des foudres en boule. Tout autour de nous scintillait, illuminant les profondes crevasses. La peur m'a envahi: "Je peux mourir maintenant! Je ne veux pas mourir!" Et soudain, ma peur a disparu.

Pendant l’ascension de l’Elbrouz j'ai réalisé qu'il existait d'autres lois qui allaient au-delà du quotidien. Les personnes physiquement fortes ont succombé à la faiblesse, mais celles qui étaient initialement plus faibles ont fait preuve de la force. J'ai compris que l'esprit d'une personne, sa volonté et son audace valent plus que sa force physique. C'était surprenant!

Qu’est ce qui a contribué au fait que vous avez rejoint la communauté des soeurs de charité?

Au milieu des années 80, j'ai vécu près du Palais de la culture, où des personnes de différentes confessions célébraient parfois leurs offices. Je les ai visités par curiosité, mais mon coeur n’y a pas répondu. Un jour, alors que je passais devant la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, j'ai vu le recteur célébrer un molében dans la rue, l'église étant fermée. Je me suis arrêtée et j'ai écouté; cette prière a engendré de nouveaux sentiments dans mon âme.

venir au couvent

Quand la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul a ouvert ses portes, j'ai commencé à assister aux offices, puis aux rencontres du père André Léméchonok avec les paroissiens. Un jour, après une telle rencontre, je suis venue vers lui pour une bénédiction et il m'a demandé: "Voulez-vous travailler avec nous?" À cette époque, il y avait des suppressions d'emplois dans les entreprises. Mon mari travaillait et, parmi mes collègues, il y avait beaucoup de femmes célibataires qui n'avaient personne sur qui compter. Le chef a demandé: "Qui veut démissionner?" Mon ami et moi avons consenti. Quand le père André m'a posé la question, j'étais donc déjà disponible. C’est ainsi que j’ai rejoint la communauté des soeurs.

La fraternite a commence

Votre vision du monde a-t-elle changé depuis que vous avez commencé à travailler au sein de la communauté?

On m’a envoyé tenir un stand du monastère à un marché de Minsk. C'est là que je me suis rendu compte de l'utilité de mon travail pour les gens. Le premier jour, j'ai pensé: "Comment vais-je travailler si je ne connais même pas les icônes?" Un homme vient vers moi: "Les ventes sont mauvaises. Je voudrais demander un molében à saint Jean le Nouveau de Sucéava". ‒ "Eh bien, c’est donc saint Jean le Nouveau que l’on prie pour le succès du commerce". Le lendemain, un autre homme arrive: "J’irai me fournir chez un grossiste. Prions saint Nicolas." ‒ Alors, j’ai retenu que nous demandons l'intercession de saint Nicolas quand nous partons en voyage. Une troisième personne a demandé la prière à saint Pantéléimon pour quelqu’un de la famille qui était malade. C'est ainsi que le Seigneur m'enseignait ce qu’il fallait faire.

Premier point

J'ai commencé mon travail dans la communauté pendant les années d'éveil spirituel. Avant le dimanche des Rameaux, nous avons coupé des branches de saule, nous les avons attachées en faisceaux à la maison, puis mon mari les a apportées au marché. Les filles qui vendaient des fleurs les décoraient et les gens étaient heureux d’en acheter. La fête de la Théophanie, le prêtre m’a donné la bénédiction d’aller asperger les stands des marchands avec de l’eau bénite. D’abord, je me suis sentie mal à l’aise, mais j'ai vu à quel point les gens en étaient heureux.

Nous étions amis avec les gens qui travaillaient au marché. Je me souviens d'un homme musulman qui faisait des dons et qui m'achetait des cierges et des rameaux. Des années plus tard, je l'ai vu dans la cathédrale près de l’icône de la Mère de Dieu. Nous avons fait des pèlerinages ‒ au monastère de Zhirovichi, à la tombe de sainte Valentine de Minsk. Beaucoup de mes compagnons de ces voyages, je les ai vus plus tard dans notre monastère.

Vous avez travaillé au monastère pendant plus de 20 ans. Racontez-nous vos moments les plus mémorables.

Pendant les 12 ans de mon travail au marché, de nombreuses personnes sont venues vers moi avec leur douleur. Beaucoup avaient des problèmes avec leurs enfants ‒ toxicomanie, alcoolisme, emprisonnement. À travers les chagrins, ces personnes ont trouvé Dieu. Une fois, une femme est venue avec son bébé qui avait besoin d'une opération. Au monastère, on lit l’acathiste à Nectaire d'Égine, le saint patron des enfants, et j'ai proposé d’y passer son intention de prière. Quelque temps plus tard, la femme est revenue pour me dire qu'un examen à l'hôpital avait montré que l'opération n'était plus nécessaire. Pour remercier Dieu, elle a fait un don pour les enfants de l'orphelinat.

Au bout de 12 ans, on m'a envoyée travailler au département des expositions. Je devais aller en Russie avec mon équipe, il fallait penser à l'endroit où nous allions vivre, à la nourriture. Les expositions étaient incroyables, et tout aussi incroyables étaient la chaleur et l'amour avec lesquels on nous accueillait partout. À peine étions-nous arrivés que les habitants nous apportait déjà de la nourriture. Une fois, en septembre, nous étions à Belgorod avec une exposition. Soudain, il a fait très froid et nous étions dehors dans des tentes. Le prêtre de l'église locale nous a invité à manger dans leur réfectoire. Les paroissiens, lorsqu'ils ont vu que nous avions froid, nous ont apporté de bons vêtements ‒ de nouvelles bottes, des vestes, des écharpes chaudes. C'était très touchant, les gens ont donné le meilleur de ce qu'ils avaient.obediences du couvent

Je me souviens, nous étions venus à une exposition consacrée à sainte Elisabeth dans la petite ville de Karachev, dans la région de Bryansk. Les gens de cette ville étaient incroyablement hospitaliers. Les paroissiens d’une église nous apportaient des crêpes le matin, les paroissiens d’une autre en apportaient pour le déjeuner. Mais la tâche la plus difficile était de trouver un logement. Un des prêtres nous a logés dans un bon hôtel. Nous étions quinze et nous avons vécu pendant quinze jours dans d'excellentes conditions, et moi, j'étais saisie de crainte: "Combien devrai-je payer?"

Le dernier jour à Karachev, j'ai rencontré la propriétaire de l'hôtel, Valentina. Nous avons parlé du monastère, de notre service, des centres d’accueil où les personnes défavorisées trouvent refuge. Elle m’a dit: ‟Cet hôtel a été construit par mon mari Nikolaï. C'était un homme très bon, mais qui souffrait de la dépendance à l'alcool. Son cœur a lâché, et il y a un an, il est décédé. Vous n'avez pas à payer pour le logement, acceptez-le comme un don au monastère”.. À la fin de l'année dernière, Valentina est décédée. J'espère que le Seigneur a accepté son don. Moi, je suis reconnaissante à Dieu pour ces rencontres.

Comment ressentez-vous la présence de l'amour de Dieu dans votre vie?

C’est après ma première communion que je me suis senti aimée de Dieu. Je le ressens toujours. Son amour se manifeste par Sa longanimité, Sa miséricorde et Sa compassion pour mes faiblesses. Le Seigneur est toujours là, mais parfois vous vous trouvez dans des circonstances où la présence de Dieu dans votre vie devient particulièrement évidente.

Par exemple, je l'ai ressentie surtout dans les moments les plus tristes de ma vie: lorsque mon mari et ma mère sont décédés. En Ukraine, il est de coutume de pleurer fort les morts. Ma mère me l’avait demandé. Quand elle est décédée et que je me rendais à la maison de mes parents, j'ai lu des psaumes. Je suis entrée dans la chambre et j’y ai vu ma mère allongée, le sourir au lèvres. J'ai dit: "Maman, tu es si belle, comment pourrais-je pleurer?" J'ai vu qu'il y avait une autre vie et je n’avais pas envie de pleurer.

amour de nos voisins

Avant sa mort, mon mari a dit: "Ne t'inquiète pas, tu m'as répété toute ma vie qu’il n’y avait pas de mort. Nous nous séparons, mais ce n’est que pour un certain temps". Je le ressens vraiment. Pour Dieu, tous sont vivants (cf Luc 20 : 38).

L'unité en Christ est un fondement de la vie de l'église. La ressentez-vous dans les relations entre les sœurs de la communauté?

Le monastère et la communauté de charité sont ma famille, je ne peux pas imaginer ma vie sans eux. Nous disons tous les mêmes prières et allons au même Calice. Nous découvrons les multiples talents dans nos frères et soeurs, nous laissons des empreintres dans leurs coeurs. Je remercie Dieu de m'avoir donné l'occasion d'être avec ces gens. Notre unité est une grande valeur.

Vie deglise

J'ai passé mon enfance au village, où l'on s'entraidait, où l'on était là les uns pour les autres. Nous avons maintenant presque 70 ans, mais nos relations sont toujours chaleureuses et attentionnées. C'est l'ancienne génération. Malheureusement, les jeunes s'évitent déjà les uns les autres. Je pense que l’unité de nos arrière-grands-pères, grands-pères et parents est née des difficultés qu'ils ont dû surmonter ensemble. Ensuite, le côté matériel de la vie s'est amélioré et les gens sont devenus des consommateurs. Il est difficile de faire quelque chose pour les gens de tout coeur, pour rien − l'envie de partager est devenue suspecte.

Je remercie Dieu

Heureusement, je vois l'unité dans notre monastère. Nous nous réunissons, nous lisons des acathistes, nous nous réjouissons, nous organisons des rencontre et des célébrations. Lorsque je me trouvais dans une situation difficile et que je ne parvenais pas à la gérer moi-même, je demandais aux moniales: "Mère, je ne sais pas quoi faire. S'il vous plaît, priez pour moi". La moniale priait, et la solution était trouvée. En cela aussi, l'unité de la communauté se manifeste de manière surprenante. Peu importe la distance entre les personnes et les circonstances, l’essentiel c’est l'union des âmes. L'unité spirituelle en Dieu me donne l'idée évidente qu'il n'y a pas de mort.

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