‟Nous devons toujours placer notre confiance en Dieu”

18 mai 2022

 Sœur converse Yelena Pozharitskaya

La sœur laïque de charité Élena Pozharitskaya fait partie de notre famille depuis plus de dix ans. Elle est venue dans notre atelier des icônes en riza pour travailler comme brodeuse et, sept mois plus tard, elle l’a pris en charge en tant que responsable. Nous avons invité la sœur Elena à parler de son chemin vers Dieu, de son service à Lui et aux autres, de l’atelier et de ces icônes extraordinaires recouvertes de riza.

Pouvons-nous commencer par un aperçu de l'atelier des icônes en riza dont vous êtes la sœur responsable ?

Une riza est plus qu'une décoration ou une protection. C'est l’expression de notre gratitude. Avez-vous remarqué des ex-voto en or et en argent sur les icônes du Sauveur, de la Mère de Dieu ou des saints? Ces offrandes précieuses données par les fidèles pour remercier Dieu d'un miracle, comme la naissance d'un enfant ou une guérison, sont ensuite fondues pour fabriquer une riza pour l’icône. Trois icônes de l’église Saint-Nicolas de notre monastère sont recouvertes de rizas: celles de saint Nicolas, de la Mère de Dieu de Kazan et de la Mère de Dieu au Calice Inépuisable. Imaginez combien de vies ont changé grâce à la prière devant ces icônes. 

Lay sister Yelena Pozharitskaya childhood

Cependant, il n’est pas exact de dire que l’on choisit son icône. Par contre, ce sont les saints qui nous choisissent et qui entrent dans notre vie. Une icône peut voyager d'une exposition à l'autre pendant des années jusqu'à ce qu'une personne la voie et dise: "Voici l'icône que j'ai cherchée!"

 travailler en studio

Quelle est votre mission principale en tant que sœur responsable de l'atelier ?

Je pense que mon rôle principal est de maintenir une atmosphère de prière, d'harmonie et d'amour dans notre équipe. Aucune icône, riza ou pièce de broderie ne peut être créée sans prière. La compétence compte, mais la prière vient toujours en premier. Notre atelier est comme un temple de Dieu; nous laissons tous nos soucis à la porte. C'est une situation idéale, bien sûr. Pourtant,  pour nous en rapprocher, nous commençons notre journée par la prière. Elle nous accorde comme on accorde un instrument de musique.

Nous sommes une équipe bien établie. Nous travaillons de manière efficace, même avec un petit nombre de personnes. Une ambiance chaleureuse et l’amour entre les sœurs, les frères et les moniales motive chacun à bien travailler pour la gloire de Dieu.

 studio de riza

Chaque personne dans notre atelier est comme le nœud d’un chapelet. Dieu agit à travers nous. Nous devons maintenir une attitude bienveillante les uns envers les autres, un espace créatif et le silence pendant que nous travaillons. D’ailleurs, il ne s’agit pas de silence physique, c’est autre chose...

L'offre de prendre en charge l’atelier était inattendue. Les deux premières semaines, je n'ai même pas parlé à mon mari de mon nouvel emploi. J'étais inquiète, je pensais qu'il ne l’approuverait pas. Or, quand je lui ai enfin dit, il m’en a félicité. Sa réaction m'a rassurée.

Votre mari travaille aussi à l’atelier. Comment est-il arrivé à vous rejoindre et quelles sont les conséquences sur votre vie ?

Mon mari est venu travailler à l’atelier avant même de s'en rendre compte. Il était toujours là pour m'aider à résoudre les problèmes techniques. Il donnait toujours un coup de main lorsque nous avions besoin de soulever quelque chose de lourd ou de nous faire conduire en ville. Il a aimé l'atmosphère et est resté. Aujourd'hui, il est un membre très précieux de notre équipe. Mon mari est diplômé de l'Académie des arts. Il est compétent en matière de design et de photographie et a travaillé dans la publicité pendant plus de trente ans. Aujourd'hui, il est responsable des dernières étapes de la production des icônes. Il les amène à la perfection et les met dans des rizas.

 Mariage de sœur converse

Lorsqu'il a rejoint l'atelier, il n'allait pas à l'église. Le chemin des hommes vers Dieu est différent de celui des femmes. Ils ont tendance à privilégier la logique et la raison et rejettent souvent les choses qui ne correspondent pas à leurs images mentales. Mais mon mari a beaucoup changé. Dans sa découverte de Dieu, il a eu beaucoup de doutes et a surmonté beaucoup de méfiance. Il est mon ami, mon partenaire et mon mari en qui j'ai confiance.

 Nous sommes allés ensemble à une veillée de nuit et sommes restés jusqu'à la fin. À la fin du service, j'ai réalisé dans mon cœur que nous étions un seul esprit. Cette expérience de l'unité de l'esprit guide désormais tous les aspects de notre vie, notre nature même. Le Père Artémy (Tonoyan) nous a dit un jour: "Il est rare que des époux viennent se joindre à la prière. С'est votre plus grand trésor". Nous le savons tous les deux et faisons de notre mieux pour le garder.

 mariage à l'église

Comment êtes-vous venue à Dieu?

Enfant, je voulais être une danseuse de ballet ou au moins une patineuse artistique mais je suis devenue peintre. Je suis allée dans une école d'art et ensuite dans une université d'art. Je me suis mariée et nous avons eu des enfants. Pourtant, j'ai toujours eu l'impression que ma vie ressemblait à un radeau naviguant sur un torrent violent, avec peu de contrôle. Dieu n’y était pas présent, l’art remplissait ma vie.

La peinture, la musique, les films et le cinéma prenaient tout notre temps et toute notre attention. Autour de la table de la cuisine, nous ne pouvions parler que de cela. Je m'attendais à ce que la beauté de l'art donne un sens à ma vie mais cela ne s'est pas produit. Ma vie s'est dégradée et j'ai sombré dans une dépression de longue durée. J'étais si déprimée que j'avais à peine assez d'énergie pour rester en contact avec les personnes de mon entourage le plus proche − mon mari, mes enfants et ma cousine qui a fini par m'amener à l'église. 

 soeur elena

Un jour, je passais devant la cathédrale. Soudain, les cloches ont sonné pour l'office du soir et j'ai réalisé: "Je vais bien!" Je ne suis pas allée à l'église ce soir-là. Il m'a fallu encore un peu de temps avant de franchir son seuil et d'y rester. Mais ce moment-là a été le point culminant: la sonnerie des cloches de l'église m'a réveillée.

Je suis venue à l'église à la fin des années 1990, à l'âge de quarante ans. Il m'a fallu encore huit ans pour faire ma première confession et recevoir la communion. Lorsque j'ai enfin rassemblé mon courage pour me confesser et communier, ma cousine m'a dit: "Après ta première confession et ta première communion, Dieu te récompensera par un don". Trois jours plus tard, je savais ce que c'était. Dans la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, les plaques près de certaines icônes portent des textes de prière en slavon ecclésiastique. J'ai toujours pu lire ces textes mais je n'arrivais pas à les comprendre. Mais, cette fois-là, j'ai lu chaque texte en le comprenant parfaitement. Les mots ont commencé à avoir un sens pour moi.

Qu'est-ce qui vous a amené au monastère et à l’atelier d’icônes?

J’avais entendu parler du monastère pour la première fois par une sœur dans mon supermarché local. Elle s'appelait Élena (Lenkovets). Elle avait beaucoup de bonté dans les yeux, et sa vision du monde était complètement différente. J'ai été impressionnée. Elle n'avait pas les craintes et les doutes typiques de la plupart des personnes laïques. Je venais souvent la voir pour lui poser des questions. Elle répondait avec chaleur et simplicité et ses yeux brillaient toujours d'amour.

 icône de la Mère de Dieu

Un jour, j'ai vu une affiche à côté d'elle. Le monastère Sainte-Élisabeth recherchait de jeunes artistes pour les former au métier d'iconographe. J'avais largement dépassé l'âge de la jeunesse mais j'ai tout de même demandé à la sœur Élena si je devais tenter ma chance. "Certainement", m'a-t-elle répondu. Elle a immédiatement appelé un numéro et m’a annoncé: ‟On vous attend pour un entretien”.

Sur le chemin du monastère, je tremblais de peur intérieure. Encore déprimée, j'étais trop fermée et très égocentrique. Je n’ai pas été retenue. Pourtant, je continuais à me rendre au monastère pour les acathistes et les réunions des sœurs, tandis que la sœur Élena n'abandonnait pas ses efforts pour m'aider à y trouver un emploi. Lors d'une de ces réunions, elle m'a présentée à la moniale Anfisa (Ostapchuk). La soeur Anfisa a accepté de me prendre comme brodeuse à l'atelier des icônes en riza.

Mon premier projet était les rizas pour les icônes du Sauveur et de la Mère de Dieu et c'était un défi. Très vite, j'ai eu des ampoules aux doigts. De plus, les motifs ne donnaient pas de bons résultats. J'ai fait des erreurs et puis j’ai recommencé et recommencé plusieurs fois. J'étais trop inexpérimentée et je n'avais pas l'habitude de prier. Malgré tout, j'ai aimé le résultat.

 sœur et prêtre

J'ai travaillé comme brodeuse pendant sept mois et j'ai beaucoup aimé mon travail. Je le trouvais inspirant et passionnant. Plus j'affinais mes compétences, plus je sentais la liberté de mes mains. Ensuite, j'ai commencé à créer mes propres motifs. Ma vie a encore changé. Finalement, j'ai reçu la bénédiction de prendre en charge l’atelier.

Comment votre relation avec Dieu a-t-elle changé au cours de toutes ces années?

Auparavant, je sentais la grâce de l'Esprit remplir mon cœur. Venir au travail était toujours un moment joyeux et excitant. Je ne dirais pas que cette grâce a disparu. Je pense qu'il s'agit plutôt de notre incapacité à la recevoir. Nous devons conserver la capacité de ressentir la présence de Dieu dans nos vies et, pour ce faire, nous devons être réservés à l'égard du monde séculier et ne pas laisser ses tentations pénétrer dans nos cœurs. Toutes les choses que nous entendons et voyons changeront un jour.

 studio riza minsk

Nous devons toujours placer notre confiance en Dieu. L'année dernière, l’atelier a fermé pour un temps et nous étions tous désorientés. J'avais peur que nous ne puissions pas reconstituer notre équipe. C'est à ce moment-là qu'on m'a proposé de travailler aux stands du monastère. C'était un travail très différent qui exigeait beaucoup d'intégrité et de sensibilité. Les gens viennent avec leurs peines, l'essentiel ici est d'écouter et d'entendre, et de laisser Dieu agir à travers nous.

Quel bilan tirez-vous de ces dix années de vie et de travail au monastère?

Dix ans, c'est une longue période dans la vie. Je suis maintenant une personne très différente de celle que j'étais lorsque je suis venue travailler ici. Je ne peux pas en être certaine, mais j'espère quand même que je suis devenu plus forte dans l'esprit. Je pense que le changement en moi a été largement positif. Aujourd'hui, je vois beaucoup de choses avec plus de calme qu'auparavant, car j'ai appris à prêter plus d'attention à l'essentiel. 

 Boîtier icône sœur laïque

J'ai appris à être plus patiente. Cependant, je comprends aussi que l'exercice de la patience sans humilité augmente le risque de dépression nerveuse ou de manifestation incontrôlée des émotions. Nous ne pouvons pas comprendre comment cette transition se produit, c'est un acte de Dieu. Ce n'est qu'avec le temps que nous réalisons que nous avons développé suffisamment d'humilité pour accepter notre situation et la réalité. Mais nous ne pouvons le faire qu'en faisant confiance à Dieu. Plus nous faisons notre volonté et non celle de Dieu, plus nous ferons d'erreurs.

Certaines journées dans notre atelier peuvent être mouvementées. Le téléphone ne cesse de sonner, la tension monte. Ce n'est que le lendemain que nous commençons à apprécier la bénédiction de notre journée chargée: nous avons répondu à tous les appels et nous avons parlé à chaque interlocuteur de manière constructive. Le Seigneur est toujours au milieu de nous.

Je pense que c'est ici, dans l'atelier, que j'ai commencé à apprendre à aimer. Les nouvelles personnes qui viennent travailler avec nous s'adaptent facilement si elles peuvent aimer les autres. Sans amour, elles ne réussiront pas. C'est l'œuvre de Dieu, pas la nôtre. Nous avons eu quelques iconographes talentueux dans notre studio qui étaient venus pour impressionner les autres avec leurs compétences. Mais la vie de notre studio est régie par d’autres lois. La confiance dans le Seigneur et le sens de la famille sont la clé du succès.

 icône de la sainte trinité

Le Seigneur m'a placé parmi des personnes exceptionnelles. Je suis heureuse de les avoir comme amis. L'unité entre nous fait tomber toutes les barrières et nous permet de surmonter de multiples défis. Nous trouvons notre force les uns dans les autres et dans notre Seigneur.

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