S'épanouir dans la vie monastique

11 avril 2022

la moniale Mitrodora

On pense généralement que c'est une tragédie qui amène une personne à Dieu et au monastère. En fait, Dieu appelle chacun différemment. J'étais le genre de personne qui avait tout. J'étais une bonne étudiante, j'avais un emploi prometteur, je voulais atteindre mes buts et j’y réussissais, j'avais des amis. C'est pourquoi personne de ceux qui me connaissaient n'a compris pourquoi j'ai tout quitté pour aller au monastère.

Mes deux grands-mères étaient croyantes. Bien que j'aie reçu la communion quand j'étais petite, j'ai été athée jusqu'à l'âge de 19 ans. Ensuite, je ne peux même pas dire à quel moment, Dieu a touché mon âme. J'ai commencé à comprendre qu'il y avait une autre vie. Les réunions avec les amis, les discothèques, les fêtes − tout cela semblait amusant, mais après, il y avait toujours un vide dans l'âme. Par contre, si j’entrais dans une église, ne serait-ce que pour 20 minutes, sans rien y comprendre, ayant du mal à rester debout, cela me donnait la plénitude de la vie. C’était un contraste.

Finalement, le changement intérieur et la rencontre avec Dieu se sont produits quand j’ai rejoint la communauté de soeurs de charité et que j’ai eu comme obédience de visiter les patients d’un hôpital. Un jour, je suis allé dans le service où il y avait une vieille femme seule. J’ai parlé à l'infirmière et appris que cette femme était autrefois un médecin célèbre − elle a aidé de nombreuses personnes, les malades de toute la ville ont essayé d'obtenir un rendez-vous avec elle. Mais alors, personne ne venait plus la voir, pas même ses enfants. J'ai pensé: "Est-ce pour cela que cette personne a vécu? Sa vie semblait réussie, mais maintenant il n’y reste que ce lit et la solitude. À ce moment-là, j’ai réévalué toute ma vie. Quand il y a Dieu, il y a un sens.

Je me souviens être allée à l'hôpital, je savais ce que j’allais dire aux patients. Mais quand ils m'ont vu, ils se sont retournés et sont partis. Une autre fois, c'était difficile d'y aller, il gelait dehors, je devais me lever tôt le lendemain... J'ai demandé à tous les saints la force d'ouvrir la porte, de franchir le seuil et de dire quelque chose. Soudain, tout a changé: les gens ont réagi, se sont approchés, ont posé des questions, nous avons lu des prières ensemble. J’en suis repartie "vivante", je savais que c'était Dieu qui agissait, pas moi.

Avant même de rejoindre la communauté de charité, j'ai vécu un épisode important dont je n'ai jamais parlé à personne. Je rentrais de l’église et à l'intérieur, dans mon âme, j’ai clairement vu la vie qui m'attendait, il y avait deux chemins. D'une part, la vie dont tout le monde rêve: une famille, un mari qui m’aime et que j’aime, une vie aisée. Mais sans Dieu. L’autre chemin était avec Dieu mais il menait dans l'inconnu. À ce moment, Dieu me demandait: "Que choisis-tu?" Je devais répondre tout de suite. Je demandais: "Pourquoi dois-je faire ce choix aujourd'hui, maintenant? Pourquoi je ne peux pas y penser une autre fois?" Il y avait une telle lutte à l'intérieur...

Alors j'ai compris pourquoi c’est à ce moment-là que le Seigneur attendait ma réponse. Sans ce dialogue avec Dieu, je choisirais la première voie, mais l’ayant fait, je ne pourrais pas être heureuse sans Dieu, je souffrirais. Mes proches souffriraient avec moi. Alors j'ai dit: "Seigneur, c’est Toi qui je choisis". Trois ans plus tard j’ai rejoint le monastère. Ce dialogue intérieur avec Dieu et la compréhension que le Seigneur m’a donné la possibilité de choisir m'ont beaucoup aidé par la suite. Dieu nous entend et attend notre décision. C'était un moment vif et mémorable − le moment où l'âme a rencontré Dieu.

C’est vrai, la vie avant le monastère était pleine d'événements. Cependant, ici où il semble que rien ne se passe, on trouve une plénitude de vie qui n’existe nulle part ailleurs. Pourquoi est-ce qu’on va à l'hôpital le soir alors qu'on peut rester chez soi? Pourquoi est-ce qu’on quitte tout? Parce qu’on commence une autre vie dont la plénitude compense tout le reste.

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