Prêtre Serge Tchérnyak: «Je voulais aider les gens»

15 avril 2021

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Un nouveau prêtre, père Serge Tchérnyak, est arrivé pour servir à notre monastère. Pour la première fois, il a visité le monastère en 2007. Un jeune homme alors qui venait de rencontrer Dieu dans sa vie, ne pouvait pas s’imaginer que treize ans après il retournerait au monastère Sainte Elisabeth comme un prêtre. Lors d’une des réunions de la Communauté de la Charité, père Serge a fait part de son chemin vers Dieu, de son service et de sa famille.

J’ai un peu plus de 30 ans. Je suis né à Minsk, ma femme aussi. J’ai commencé à aller à l’église après avoir fait mon service militaire et c’est alors que j’ai fait mon premier pèlerinage au monastère Sainte Elisabeth. J’ai regardé un film où une moniale parlait du monastère, je suis arrivé au monastère et j'ai rencontré cette moniale. En ce temps-là, je n’avais pas de pensées du sacerdoce.

«J’ai pris l’Évangile et j’ai commencé à lire»

La graine de foi a été plantée en enfance. Un jour, en revenant avec la famille de la ville de Grodno, nous avons eu un accident de la route. Maman a un peu souffert et après cet accident elle a commencé à aller à l’église, elle a commencé à prier et à lire l’Évangile. Petit à petit, elle s’est calmée, elle continuait à lire le «Notre Père», mais l’Écriture Sainte se trouvait sur un rayon de livres.

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A l’âge de 13-14 ans, j’ai vu un film fantastique où il y avait des moments liés à des esprits malins. Dans l’âme a commencé à tourner un récitatif qui m’a dirigé sur une pensée qu’il y avait chez nous un livre avec un texte pareil. J’ai pris l’Évangile et j’ai commencé à lire, installé sur un canapé. Il y avait aussi chez nous un livre de l’archimandrite Ambroise (Yourassov) intitulé «Réponses aux questions». J’ai découvert là qu’il fallait lire l’Évangile constamment: une fois que c’est lu jusqu’à la fin, il faut reprendre la lecture depuis le début. Et voici que quelque chose d’imperceptible et d’incompréhensible s’est passé pour moi... Cependant, je ne me suis pas dirigé alors à l’église car j’étais trop timide.

«Il semblait que des anges étaient autour et comment je pouvais me trouver au milieu d’eux?»

Le service militaire est devenu pour moi un accélérateur. Ce n'est pas facile pour un enfant grandi au sein de la famille de passer un an et demi hors de la maison, là où personne ne vous aime, où personne n’a besoin de vous, où tout le monde vous donne des ordres, où vous n’avez pas de temps libre. Des émotions fortes ont, certainement, chassé ma timidité excessive et après la démobilisation, j’ai commencé à venir à l’église de l’icône de la Mère de Dieu «Joie de tous les affligés» qui se trouvait non loin de chez moi. Là, j’ai appris qu’il y avait une fraternité de jeunesse en l’honneur du saint hiéromartyr Vladimir Hirasko.

Je me rappelle avoir ressenti une peur quand je suis venu à la réunion de la fraternité: il semblait que des anges étaient autour et comment je pouvais me trouver au milieu d’eux? Une fraternité admirable où tout le monde était admis, où on ne regardait pas comment vous êtes habillé, si vous êtes en bonne santé ou malade. Il n’y avait pas d’une très grande activité, mais les gens se réunissaient parce qu’ils voulaient être avec Dieu, avec d’autres personnes. Des conversations simples, une atmosphère de paix... On peut rarement trouver un calme pareil, c’était comme si venir à la maison. J’ai grandi dans la fraternité de jeunesse...

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«Le Seigneur m’appelle mais moi, j’enfouis tout?»

Après avoir fait mon service militaire, j’ai travaillé près de sept ans à un travail mondain. Plusieurs années de suite, j’ai combattu la pensée d’entrer au séminaire et de devenir prêtre. Je remettais cela à plus tard, il y avait de l’admiration et de la crainte. Finalement, j’ai réalisé que rien ne m’attendait dans cette vie, que ce monde était indifférent quant au salut de mon âme et qu’il avait d’autres projets.

La parabole des talents s’est gravée dans mon cœur en ce temps-là. Elle m’a fait reproche. «Et si le Seigneur m’appelle mais moi, j’enfouis tout? Il faudra en aussi donner la réponse...», ces réflexions sont devenues une poussée pour moi et à l’âge de 27 ans je suis entré au séminaire. Ce n’était pas facile; pendant deux ans j’ai suivi les cours du jour avec les étudiants qui étaient écoliers hier encore et qui avaient une attitude différente à l’égard de la vie, de la foi, de l’Eglise. Mais le Seigneur m’a envoyé une épouse et en troisième année, j’ai continué mes études par correspondance.

J’avais un travail mondain, il fallait entretenir la famille. J’ai travaillé encore deux mois comme chauffeur au monastère. J’aidais les sœurs. J’aimais ça, mais la charge était sérieuse.

«Je crois que mon arrière-grand-père prie pour moi»

Pourquoi suis-je venu à l’Eglise? Pourquoi les gens viennent-ils à l'Église? Le Seigneur donne quelque chose à l’homme, l’homme a un penchant de son âme pour quelque chose et répond à l’appel de Dieu.

J’ai lu il n’y a pas longtemps dans le Livre de sagesse de Jésus, fils de Sira, que le Seigneur donne une étincelle sur laquelle l’homme peut souffler pour l’allumer ou l’éteindre. Tout cela se fait par la bouche. Pourquoi ai-je commencé à souffler pour l’allumer? Je ne le sais pas... Le Seigneur savait peut-être ce qui était nécessaire pour moi et m’a conduit petit à petit vers ça.

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Il n’y avait pas de croyants dans mon milieu et le fait d’aller à l’église était ma propre décision. C’est seulement après mon entrée au séminaire que mon père m’a dit qu’il y avait un prêtre dans notre famille, le grand-père de mon père, donc mon arrière-grand-père. Mon père n’a vu son grand-père que quelques fois dans son enfance et ne savait rien sur lui. J’ai commencé à m’y intéresser après.

Mon arrière-grand-père, Eudocime Sabilo, avait servi dans le diocèse de Bobrouïsk. A l’âge de vingt et un ans, le jeune prêtre ou diacre encore en ce temps-là, il a été jugé. Le pouvoir d’Etat avait organisé une campagne de confiscation des biens de l’Eglise et les serviteurs des églises ont commencé à cacher les biens chez eux. Mon arrière-grand-père a lui aussi caché quelque chose. Ceci a été trouvé et par la décision judiciaire, en août 1925, il a été condamné à une peine avec sursis.

Aujourd’hui, mon arrière-grand-père se trouve au nombre de ceux qui ont souffert pour la foi du Christ. Il ne sera certainement pas canonisé, mais même dans une certaine mesure, il est aussi victime de répressions. Cela me donne de la force et je crois que mon arrière-grand-père prie pour moi.

La connaissance avec père Nicolas Gourianov

J’ai fait connaissance avec le père Nicolas Gourianov sans nous voir, après sa mort déjà. J’ai appris sur lui lors des causeries du père André Léméchonok et ai acheté le livre le plus gros que j’ai pu trouver. Comme cela arrive souvent, lorsqu’on fait la connaissance d’un saint et qu’on lit l’histoire de sa vie, il apparaît le désir de visiter sa tombe. Après avoir terminé la première année du séminaire, j’ai eu envie de prendre un ami et de nous rendre en été sur l’île de Zalite.

La veille du départ, une peur m’a saisi: «Où allons-nous nous installer? Comment trouver une barque?» J’ai pris le livre sur le père Nicolas, je l’ai ouvert. Il y avait là sa photo et une pensée m’est arrivée alors: «Ne craignez pas, je vous rencontrerai».

procession de croix

On y est parvenu, on est arrivé sur l’île. Peu de temps après, l'office Divin devait commencer à l’église. Il bruinait. On a décidé d’aller voir le cimetière. Je ne savais pas que la maison du starets se trouvait justement en face. J’ai dit à mon ami: «Voici la maison du père Nicolas, allons consulter l’horaire de son ouverture. On pourra peut-être la visiter demain». A peine ai-je le dit qu’un gardien est sorti dehors. On lui a demandé: «Quand est-ce qu’on peut voir la chambre du père Nicolas?» Il nous a ouvert tout de suite et nous sommes entrés...

Plus tard, on a rencontré une femme qui nous a proposé de louer une chambre. Tout cela s’est passé la veille de mon anniversaire. La nuit, je suis allé à la tombe du starets, j’y suis resté quelque temps. Le matin la Divine liturgie devait être célébrée. J’ai pensé qu’on ne me laisserait pas être servant d’autel lors de l’office puisque personne ne me connaissait là. C’était le jour de la fête de l’icône de la Mère de Dieu «Ciel plein de grâce». La liturgie terminée, la procession de la croix allait commencer et un homme m’a demandé si je pouvais porter une bannière. J’ai porté la bannière avec une icône de Saint Nicolas autour de l’île.

Il y a eu encore un miracle avec le père Nicolas Gourianov quand j’étais en deuxième année au séminaire. Les séminaristes ont parfois des hésitations s’ils devraient choisir le ministère de prêtre. Ce n’est pendant les études que l’on ressent certaines particularités du service. Moi aussi, j’ai eu des hésitations.

Et voilà une fois, j’ai fait un rêve. J’entre dans une maison et je comprends que là habite le starets chez qui les gens viennent des quatre coins du monde. J’y entre et il apparaît une sensation que je dois poser la question la plus importante. Je lui demande: «Dois-je devenir prêtre?» Le starets me répond: «Je serais heureux si tu devenais prêtre». Je me suis réveillé et j’ai réalisé que ce starets ressemblait au père Nicolas.

Cela a été un rêve. Vous savez comment est notre attitude à l’égard des rêves, c’est-à-dire ni accepter ni rejeter, être quelque part au milieu...

Église et paroisse

J’ai eu le désir de recevoir l’ordination et de servir Dieu. J’ai essayé de me renseigner auprès des doyens des églises de Minsk comment je devais faire. Cependant, il n’y avait pas de volonté de Dieu pour rester à Minsk en ce temps-là et nous avons demandé de nous envoyer à la campagne. C’est Monseigneur Benjamin, l’évêque de Borissov et de Mariina Gorka, qui m’a conféré l’ordination. L’église a été ouverte dans une localité Pogost (dans le district de Bérézino), dans le bâtiment de l’ancien magasin. On y a mis de l’ordre et la célébration des offices Divins a commencé.

Un pretre orthodoxe Serge Tchernyak

Quand on commençait l’organisation de notre paroisse, j’ai dit à ma femme: «Nous aurons une église et une paroisse, une vraie famille chrétienne». C’est avec cette disposition que nous nous sommes dirigés vers les gens qui ne savaient presque rien de l’Eglise. Il y avait autrefois une église dans ce village; l’église a été fermée, pendant la guerre elle a brûlé. Certains allaient dans la ville pour les fêtes, certains ne savaient même pas qui est le prêtre et ce qu’est la bénédiction. Les gens ne comprenaient pas comment demander la bénédiction à un prêtre qui était deux fois plus jeune qu’eux.

Pendant que l’on préparait l’ouverture de l’église, qu’on régularisait les documents, qu’on cherchait les objets d’utilisation liturgique (un paroissien du monastère nous les a offerts), on rêvait à la célébration des offices Divins. J’ai attendu si longtemps cette Divine liturgie, mais les gens ne venaient pas à la confession et la communion. Je venais d’une grande église de Minsk et je ne comprenais pas pourquoi les gens ne communiaient pas lors de la célébration. J’ai longtemps essayé d’expliquer l’importance de l’Eucharistie. Il faut tout de même du temps, de la patience, de la chaleur et de l’amour, tout ceci les gens comprennent bien.

Au monastère

Pendant trois ans, nous avons cherché avec ma femme un logement dans le village. On devait faire un trajet de 100 km pour un aller et retour ce qui nous a causé un peu une souffrance de l’âme. Peut-être c’était la providence Divine qu’on ne pouvait rien trouver. Soudain, le Seigneur a arrangé que nous sommes revenus à Minsk, bien que cela n’était même pas dans les rêves les plus hardis.

En 2012, je suis devenu l’enfant spirituel du père André Léméchonok. J’ai écouté toutes ses causeries spirituelles, ma croissance spirituelle s’est passée à base d’elles. Et voici que la question du logement ne pouvait pas encore se résoudre, je suis allé voir père André pour lui demander sa prière. Il m’a proposé: «Si tu veux, viens chez nous. Un de nos prêtres est parti en mission en Bulgarie». Je n’avais pas le temps de trop réfléchir et j’ai dit: «Oui». Tout s’est miraculeusement arrangé et nous sommes au monastère.

Ma femme aime beaucoup le monastère. Elle est chef de chœur, elle a fait ses études au petit séminaire. Nous avons tâché de chanter ensemble tous les offices. Plus tard, le Seigneur nous a donné un enfant, puis encore un, et ma femme fait sa prière à la maison pour le moment. Ce n’est pas facile, mais c’est aussi une croissance car il est nécessaire d’être plus fort que l’agitation quotidienne et les soucis.

pretre du monastere Sainte Elisabeth

D’après la fraternité de jeunesse du saint hiéromartyr Vladimir, je vois qu’en créant leurs familles, les jeunes gens croyants s’éloignent un peu de l’Eglise. On peut entendre des prétextes suivants: «enfants», «mari», «pas de temps». C’est triste que s’il y a un obstacle, on se perd tout de suite. Il faut aussi grandir malgré cette charge sérieuse...

Lorsque je suis revenu de l’armée, c’était le temps où il était à la mode de faire ses études supérieures. J’ai pensé: «A quoi me servira cette éducation? Je n’irai jamais faire mes études supérieures». Finalement, j’ai terminé l’institut économique et le séminaire, maintenant je suis les cours de jour de mastère ce qui fait huit ans d’études continues. Ceci est aussi une tentation: lorsque l’homme se développe intellectuellement, il y a une tentation d’avoir une opinion haute de soi-même. Si l’homme se prévaut de ses facultés intellectuelles, son cœur devient petit à petit insensible. Il faut veiller à ce que cela ne se passe pas.

«Sur un sol brûlé le grain pousse à nouveau»

Je voulais aider les gens parce que moi-même, quand je venais à l’église de 2007 à 2013, je cherchais une direction spirituelle. Il est difficile d’avoir un entretien avec père André Léméchonok à cause de son emploi du temps très chargé, mais je voulais entendre une parole. C’est alors que j’ai réalisé que beaucoup de prêtres sont occupés, ils ont des obédiences, que c’est pas facile pour eux. Les errances et les questions sans réponses ont fait naître en moi un désir, autant que mes connaissances et l’expérience le permettent, de soulager les souffrances de l’âme des gens.

J’ai reçu l’ordination au monastère de Liady. J’avais une ardeur: «Je vais prêcher!» Cependant, si on ne vit pas dans la prière, on ne pourra rien donner à ce monde. On peut prêcher, on peut écrire des citations à l’internet, mais pendant que l’on n’a pas d’Esprit, on ne peut rien faire. Il faut aspirer à cela...

Le Seigneur amène l’homme à l’église. J’ai un jour parlé à un jeune homme intelligent, raisonnable et sceptique. Il a commencé à dire qu’au monastère étaient des gens faibles. Je lui ai dit: «Regarde, le monastère se préoccupe d’un Centre d’Accueil pour hommes, personne n’a besoin de ceux-ci. Comment un faible peut-il se préoccuper d’un faible?» Ceci a été une impasse pour lui. J’ai commencé à lui parler de Dieu, de l’Eglise, – il gardait le silence. J’ai pensé que je l’ai fait changer d’avis. Le jour suivant, je suis venu au travail, on travaillait avec lui ensemble, et ai pensé: «Voilà! Maintenant il ira à l’église». Mais non, il n’est pas allé. Les paroles sont parvenues à son intelligence mais pas au cœur. Je l’ai fait changer d’avis par raisonnement, mais je n’ai pas donné la grâce qui nous ouvre à la rencontre avec Dieu.

Je voudrais avoir du courage. Il semble parfois que c’est une impasse dans la vie: je voulais devenir moine ou prêtre, je le suis devenu et il n’y a plus de cette ferveur, de cet amour, de ce sentiment d’enfant envers Dieu. Le Seigneur laisse nous retrouver pour un temps dans un état où l’on manque d’enthousiasme et c’est aussi un état intéressant. Il faut ne pas en avoir peur, ne pas penser que c’est la fin de la vie. Au contraire, sur un sol brûlé le grain pousse à nouveau. Il faut suivre son chemin entre la peur et l’espoir en attendant la joie céleste...

Article de Darya Gontcharova

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