La chaleur familiale au centre d’hébergement pour femmes

23 avril 2021

centre hebergement pour femmes

Le centre d’hébergement pour femmes en difficulté existe plus de 9 ans à la ferme du monastère Sainte Elisabeth. Une trentaine de sœurs vivent et travaillent ici. Nous avons demandé au chef du centre, la mère Barbara, et aux sœurs comment la ferme devient un foyer pour celles qui n'avaient nulle part où aller.

Dans le réfectoire d'une petite maison en briques il y a plusieurs tables alignées, de grandes étagères de livres et une cheminée.

Un samovar sur la table, on sert du thé et des friandises. Les résidentes du centre, qui regardent avec méfiance, sont assises à la table avec la mère Barbara, leur amie et leur aide dans les tâches quotidiennes.

Les femmes qui viennent ici se sont retrouvées dans des situations de vie difficiles liées aux dépendances, aux problèmes de logement, à la détention. Certaines restent longtemps, d'autres non, mais ces dernières années, une trentaine de sœurs demeurent ici, et ce nombre est stable.

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“Elles ont rencontré des difficultés dans la vie, et Dieu les a amenées ici, dit la mère Barbara. La ferme est le foyer pour les sœurs. Elles peuvent partir, bien sûr, mais elles ont toujours un endroit où revenir. Il n'est pas si facile de fuir Dieuˮ.

Quand il n'y a nulle part où aller

Dans le centre d’hébergement, on ne pose pas de questions sur les problèmes qui ont amené une personne ici jusqu'à ce qu'elle s'ouvre elle-même. Nous avons quand même réussi à demander à certaines sœurs comment elles sont arrivées ici.

Elena a 31 ans et vit avec sa mère dans le centre depuis quatre mois. Les circonstances étaient telles qu'elles n'avaient nulle part où vivre. Elena raconte : ‟Quand nous sommes arrivées ici, je ne voyais aucune possibilité d'amélioration dans notre situation. J'ai une maison qui est bien chère, mais je ne peux pas y retourner et je ne peux pas la vendre non plus. J'ai déjà accepté le fait que je n'ai plus de maison, mais l'aide est venue de là où on ne l'attendait pas du tout. L’avocat de la fondation du monastère aide les résidentes du centre, il nous donne des consultations juridiques. Il a dit que mon problème peut être résoluˮ.

alabai chiots

Natalia vit dans le centre depuis septembre 2020, elle s’occupe des animaux de la ferme. ‟C'est mon concubin qui m'a amenée ici, dit Natalia. Il est parti travailler au monastère et m'a amené ici, à la ferme. Il a décidé que nous devrions arrêter la vie que nous menions. Quand on boit, on ne pense à rien, mais on a le coeur gros d’une telle vie. Je lui ai promis que je resterais ici jusqu'à ce qu'il vienne me chercherˮ.

Polina a 26 ans. Elle est au centre depuis deux semaines seulement. Elle explique: ‟Je lutte contre les dépendances. J'ai moi-même identifié que j'étais accro. Si je ne peux pas m'arrêter à une cigarette, mais que j’en fume dix par jour, si je ne peux pas prendre un verre de vin, mais que j’en bois une bouteille, c'est déjà une dépendance. À un moment donné, j'ai réalisé que je ne voulais pas cette vie pour moi, que je ne voulais pas être là. Parce que quand je suis là-bas, je ne m'aime pas. Je n'aime pas ma façon de me comporter, de parler. Si je ne m'aime pas, comment puis-je aimer les autres?ˮ.

Comme nous l'explique la mère Barbara, les sœurs qui se trouvent ici ne sont pas capables de mener une vie normale dans la société. Certaines n'ont pas reçu assez d'amour dans leur enfance, d'autres n'ont pas su faire face à leur situation - et se sont renfermées sur elles-mêmes. Ici, à la ferme, elles s'adaptent peu à peu à la vie.

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Natalia ajoute: ‟C’est bon qu’on a organisé ce centre. Quand une personne n'a nulle part où aller, il est bon de rester ici un moment, de retrouver ses esprits, de se ressaisir, de comprendre ce qu’on attend de la vieˮ.

‟Pour moi, cette ferme, c'est la maisonˮ, reprend Pauline. ‟La maison, c'est de la chaleur. On a ici une douche, de l'eau chaude, j’ai mon coin, mon lit, mon thé. Ici, vous comprenez qu'il ne faut pas grand-chose pour être heureuxˮ.

Le retour à la vie

Au fil des ans, un certain ordre de la journée s'est développé dans le centre, il est souple, pas stricte, mais il aide les sœurs à changer leur vie. À 7h – prière, lecture de l'hymne acathiste, procession de la croix, petit déjeuner à 9h. Les sœurs travaillent ensuite jusqu'à 17 heures: elles ont là une ferme (porcs, chèvres, poulets, dindes, lapins), un potager et leur propre production. Le soir, tout le monde se réunit pour le dîner et la prière du soir, puis on a du temps libre. À 22 heures, il est recommandé de rentrer dans les chambres où on vit par trois ou quatre personnes.

L’ordre de la journée, les obédiences sont indispensables pour faire face aux tentations. ‟Nous n'avons presque jamais de temps libreˮ, explique la mère Barbara. ‟Si une sœur n'est pas engagée dans un travail, elle commence à s'occuper de choses nuisibles: l’oisiveté engendre les commérages et le jugementˮ.

‟Chaque personne a ses propres faiblesses, et la mère veille à ce que l'obédience soit à la mesure des capacitésˮ, ajoute Elena.

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Nous allons dans la cour de la ferme. Natalia nous ouvre le portail et nous présente une chèvre blanche : ‟C'est Belka, elle est une mendianteˮ. Les chiens Alabai vivent dans des enclos de la ferme. Les chiots se promènent librement dans la cour. Tout le monde les aime. Natalia a appris à un chiot noir et blanc nommé Panda à donner la patte. Elle l'appelle et nous montre ce tour. ‟C'est ainsi que nous vivons, nous vivons bien ensembleˮ, raconte Natalia. ‟Au début, j'étais terrifiée par la cour de la fermeˮ, dit-elle à propos de son obéissance. ‟J'ai travaillé aux chantiers de construction, je me suis occupé de chiens toute ma vie, mais je n'ai jamais été amis avec les chèvres et les lapins. La mère Barbara savait que je n'aimais pas ça, alors elle m'a mis ici exprès, pour m’enseigner l’humilité. Et maintenant ça me plaît, je m'y suis déjà habituéeˮ.

Sœur Elena dit: "Je suis maintenant administratrice. La mère est souvent absente et elle aimerait que je puisse la remplacer en son absence. Au début, j'ai été choquée: les autres sont plus âgées que moi, elles ont vécu ici, elles comprennent tout mieux que moi, comment vont-elles me percevoir?"

Mais la mère m'a bénie et je me suis résignée. J'ai dit : ‟Mes sœurs, si quelque chose ne va pas, vous m’aiderez, n’est-ce pas?ˮ. Et d'une manière ou d'une autre, petit à petit, les choses ont commencé à s'améliorer.

L'amour, le sentiment de la famille et du foyer restent les choses les plus importantes dans la vie des résidentes du centre d’hébergement.

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‟Après deux mois de séjour ici, j'ai le sentiment d'être chez moi: c’est quand on se couche tranquillement et qu’on ne pense pas à ce qu'on va manger demainˮ, dit Elena. ‟La maison, c'est quand on vous écoute; là vous trouvez la compréhension et la compassionˮ. Polina travaille à Minsk. ‟Je ne voulais pas être seule. J'ai décidé de prendre un congé de trois mois et de venir ici. Après tout, nous sommes souvent préoccupés par nos propres problèmes, alors qu'ici nous essayons de vivre comme une famille et de prêter attention non pas à notre humeur, mais aux besoins de l'autre - d'aider, d'écouter, d'embrasserˮ.

C'est à la mère Barbara que revient le mérite de créer une atmosphère d'amour et d'attention dans le centre. ‟La mère Barbara essaie de ne s'attacher à personne, mais elle prend soin de tout le monde comme mamanˮ, - dit Elena. ‟Elle essaie de protéger les sœurs qui demandent la permission d’aller en ville. Elle ne laisse partir une personne que lorsque celle-ci peut résister aux tentations qu’elle y rencontraˮ.

Confiance en l'aide de Dieu

De nombreuses sœurs considèrent la ferme comme leur dernier espoir. Mais selon la mère Barbara, ce n’est pas pour tout le monde qu’il y a du sens d'être ici.

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Pour reconstruire sa vie, il faut changer son état intérieur, apprendre à vivre selon les commandements chrétiens, remplir le vide spirituel de la communion avec Dieu et de la prière. Cependant, une personne présomptueuse ne peut pas et ne veut pas vivre une vie chrétienne, selon les commandements. Mais la façon dont elle vivait avant, ça ne marche pas ici. Ces personnes elles-mêmes n’y restent pas longtemps. ‟Le Seigneur peut couvrir le péché de sa grâceˮ, - dit la mère. - ‟Et si la grâce s'en va, tout reviendra. Vous pouvez garder la grâce, si vous ne vous écartez pas de Dieu. Nous recevons la grâce non seulement par la prière. Le plus important est quand on a un esprit de sacrifice et qu’on peut sacrifier ses propres intérêts pour le bien de son prochain, ne pas se mettre en avant, s'oublier. C’est alors qu’on retrouve la joieˮ.

Un prêtre vient au centre chaque semaine pour célebrer la Divine Liturgie et confesser les sœurs. Le saint patron du centre est saint Serge de Radonezh, chaque jour les sœurs font une procession en son honneur. Selon Elena, grâce à la procession elle se sent sous la protection de la prière. ‟Dieu nous aide à chaque pasˮ, - dit-elle.

Paulina raconte : ‟La mère Barbara m'a invité au service de Noël – les vigiles nocturnes. J'ai tellement aimé le nom ‟vigilesˮ! C'était le premier office auquel j’ai assisté. J'ai vu les sœurs et j'ai été frappée par la douleur et la souffrance des gens. J’ai réalisé que je pouvais me rendre utile là, que je voulais et pouvais aider les gens, j’ai la force pour çaˮ.

Les sœurs sortent de l’église, elles portent une croix, les icônes de saint Serge de Radonezh, de sainte Marie l’Égyptienne et de la Mère de Dieu de Vladimir. La procession fait le tour de la ferme avec la prière. La route est glissante, et les sœurs s'aident les unes les autres à marcher.

procession de croix

Devant nous s’étendent les collines et villages enneigés. Loin se trouve la ville et les tentations qui peuvent si facilement vous forcer à changer d'itinéraire. Mais ici, aucun bruit ne se fait entendre, seule la prière recouvre ce lieu qui est devenu un refuge, un salut et un foyer pour les sœurs.

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