Territoire d’un sens particulier (partie 3)

18 janvier 2021

soeur de charite

Célébration des premiers offices Divins

Vous imaginez, en 1996, il apparaît la Communauté des sœurs de charité, au printemps 1997, on est allé voir père Nicolas Gourianov, il nous a bénis et en 1998, le premier office Divin a été célébré dans cet endroit!

Notre première Pâques à Novinki. Je m’en souviens bien: il fait humide, des galets par terre, l’église Saint Nicolas – que les murs sont encore bâtis, le ciel ouvert au-dessus de nous, les offices ont été célébrés dans ces conditions-là. La première Pâques, c’était évidemment la grâce Divine comme tout ce qui a été au début, ce qui était inspiré par Dieu.

liturgie orthodoxe russe

Le dimanche des Rameaux, le jour de la fête de l’Entrée du Christ à Jérusalem, nous avons célébré la première liturgie. J’ai eu un peu le regret que cela n'ait pas eu lieu le jour d’avant, le Samedi de Lazare. Il me semblait que si la Grande Duchesse Elisabeth avait embrassé la foi orthodoxe le jour du samedi de Lazare, nous devions donc avoir notre premier office Divin ce jour-là. J’étais perplexe: «Comment cela a été ainsi que nous avons tardé d’un jour seulement...». Des années plus tard, j’ai compris pourquoi cela s’est passé comme ça.

Pendant une des confessions, j’ai dit au père André que je n’avais pas la possibilité d’aller à Jérusalem, ce à quoi le père m’a répondu nettement: «Notre Jérusalem est ici». Nous avons ici la plénitude de toute la vie humaine, mais aussi la possibilité de servir Dieu dans la plénitude. On voit ici la situation où le Seigneur laisse l’homme «visiter un pays lointain», celui-ci n’a même pas encore mangé ce que mangent les cochons qu’il veut déjà revenir chez lui. Cet homme n’est pas encore revenu, mais il tourne la tête seulement que le Seigneur reçoit déjà à bras ouverts cette personne égarée. Tout ceci s’est passé avec moi et avec beaucoup d’autres gens. Ce n’est pas nous qui avons inventé mais, certainement, c’est le Seigneur qui veut que les Novinki deviennent un noyau spirituel. Si on veut trouver quelque chose, c’est donc ici qu’il faut le faire. Et on le trouve bien parce qu’au centre de la vie se trouve ce de quoi nous vivons, la communion, le Calice Inexhaustible. Lorsque le métropolite nous donnait la bénédiction à ce service, il a dit que toute notre œuvre serait basée autour de la communion et nous a béni communier plus souvent parce que, naturellement, pour servir nous avons besoin de forces, celles-ci sont très limitées, mais nous pouvons tout faire seulement avec l’aide de Dieu.

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Je me rappelle la fête patronale, l’office Divin le 18 juillet 1998. Je me rappelle bien cette situation: des ouvertures entre le recouvrement, la pluie, un chandelier posé au centre et père Alexandre Pashkovsky, paroissien en ce temps-là, tenant un parapluie au-dessus de ce chandelier pour protéger la flamme de ses cierges. Il faut dire que presque tous nos prêtres étaient au début nos paroissiens.

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Quand des chaudières ont été installées dans l’église Saint Nicolas, il a fait plus chaud, comme dans une maison de campagne. On n’avait plus besoin de tenir des parapluies car les recouvrements ont été cimentés. Cependant, l’espace réduit ne permettait pas déjà entrer à l’intérieur tous ceux qui venaient aux offices, surtout les jours de fêtes. Parfois, à l’arrivée des patients de l’hôpital, l’église était déjà à moitié remplie... À chaque fois, les paroissiens devenaient de plus en plus nombreux.

Le monastère, ce n’est pas simplement des églises

Père André nous disait tout le temps que nous construisions non seulement des églises, non seulement un monastère, mais il était aussi important de donner aux gens une possibilité d’avoir un travail créatif. Il y a là aujourd’hui quarante ateliers. La réadaptation spirituelle et la réadaptation par le travail, par une activité créatrice. Voilà pourquoi le monastère se trouve justement à côté de l’hôpital. Si on bâtissait le monastère uniquement pour avoir un monastère, il n’était pas alors obligatoire de le bâtir à Minsk, mais il aurait pu apparaître même dans un champ. Ce serait une autre histoire alors. Cependant, notre monastère s’est établi près de l’hôpital psychiatrique et les murs du monastère commencent donc par les murs de l’hôpital...

maquette architecture eglise

Pourquoi de nouvelles églises apparaissent-elles? Pour la bonne raison qu’elles ne peuvent pas déjà laisser entrer tous ceux qui viennent et nous suivons toujours les circonstances, nous suivons la volonté de Dieu.

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L’histoire de la Communauté des sœurs de la Charité et celle du monastère avec ses églises nous donne une possibilité, à un moment difficile, de regarder ce qu’il y a ici et de comprendre que Dieu peut tout créer à partir de rien, que Dieu est incompréhensiblement plus grand que notre représentation de ce comment peut être résolue une situation. L’impossible Lui est possible et l’apparition du monastère en est le témoignage.

eglise en construction

Histoire d’une transfiguration de l’homme

En vingt ans, beaucoup d’histoires, d’événements et de vies humaines sont passés devant mes yeux. Je me rappelle quand il y avait encore un terrain vague ici, les patients du service que je visitais se rendaient à la cathédrale Saints Pierre et Paul. Mais avant, ils n’en avaient pas besoin, il n’y avait pas d’église dans leur vie.

liturgie eau benite

On venait aux offices du Grand carême. Je me rappelle les regarder et une lutte intérieure a commencé en moi, j’ai demandé au Seigneur de les guérir... Un an ou deux plus tard, j’ai été à mon travail, à l’université. La porte s’est ouverte et un joli homme est entré. Je lui ai dit automatiquement qu’il devait se tromper de porte, mais il a répondu: «Bonjour, Julia!» J’ai reconnu alors en lui une personne desséchée qui, comme on disait, ne vivrait pas longtemps, mais qui se tenait à l’église pendant les offices qui duraient six heures.

Des larmes ont roulé dans mes yeux voyant cette transfiguration et la résurrection des morts. Il m’a raconté son histoire. Cet homme avait tout perdu, sa maison, son travail, sa famille. Mais le Seigneur lui a donné une nouvelle famille et une nouvelle maison. Il m’a montré son document d’identité où sur la photo j’ai vu un cachet avec une église. Le plus intéressant est qu’il était un homme de confiance de l’archimandrite Gourias! C’est surprenant comment le Seigneur a transfiguré cet homme. Vous voyez ce que le Seigneur crée ici? L’Eglise ce n’est pas seulement des murs, mais aussi les gens qui représentent le Corps du Christ. Cela veut dire que le Seigneur crée en cet homme, en nous aussi, une église. Pour moi cette histoire est devenue non seulement une joie, mais aussi un signe de ce que ce territoire représente en général.

Un mal de tête ou bien un domaine de préoccupations particulières?

Le Centre d’Accueil pour hommes n'est non plus apparu d’un coup. Au début, dans le village de Soukhoroukié, près du quartier Ouroutchié, il y avait une grande maison à moitié en ruines. Aujourd’hui, les nécessiteux s’installent dans le Centre d’Accueil du monastère, mais en ce temps-là, père André les bénissait de s'installer dans cette maison-là. Avec l’un des patients du service narcologique, j’allais là pour parler à ces gens de la foi, pour lire des acathistes. Un jour, en entrant dans la maison et leur apportant la parole de la vie et voulant leur parler du Christ, on a vu que ceux-ci n’ont pas partagé quelque chose et qu’il allait y avoir une bagarre... Néanmoins, ces gens se sont arrêtés devant le Christ et la croix sur mon habit.

priere avant le repas orthodoxe

Plus tard, on a mis à notre disposition un terrain avec une étable à vaches abandonnée. Au début, cela a été considéré comme encore un mal de tête. Que devait-on faire avec? Il est devenu clair qu’il fallait y transférer les résidents de la maison du village de Soukhoroukié. Je comprenais que cette ferme allait devenir un domaine de préoccupations particulières.

Il y avait chez nous un moine de schéma, prénommé Pierre; il est décédé il y a quelques années. C’était un homme au caractère fortement trempé, ancien militaire que les habitants du Centre d’Accueil écoutaient. Il était la première personne à pouvoir y mettre plus ou moins de l’ordre... Ensuite la communauté y a commencé la construction.

Un arbre qui a poussé à partir d’un grain de sénevé

Le Christ Ressuscité agit dans nos destins, nos âmes, notre vie! Ce territoire où nous nous trouvons maintenant, est le témoignage le plus vif, mais tout de même mystérieux pour l’intelligence et peut-être même pour le cœur, comment Dieu crée ce que l’homme ne peut même pas s’imaginer. Si au début notre Communauté des sœurs de la Charité était semblable à un grain de sénevé, peu visible et peu compréhensible, aujourd’hui, par la grâce et la bénédiction de Dieu ainsi que par notre acceptation et participation, elle s’est transformée en un grand arbre avec beaucoup de branches. Ainsi, toute âme peut non seulement s’abriter dans ses branches, mais aussi recevoir une consolation, se fortifier et donner elle-même une nouvelle branche dans le service du Christ. Derrière ces grandes et multiples branches se cache le tronc et on ne voit pas du tout déjà les racines dont je vous parle aujourd’hui.

confession des enfants

Je vous demande de prier pour notre origine, l’hôpital psychiatrique, l’endroit de nombreuses souffrances où, je crois, par vos prières, la grâce continuera à surabonder.

Article de Vadim Yantchuk

02.10.2019

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