Sœur Alexandra: «La vie monastique c’est mon chemin»

5 mars 2021

Sœur Alexandra

Sœur Alexandra vient de Monténégro, elle est à notre monastère depuis 2014. Nous lui avons demandé de parler du monachisme et de dire comment son expérience de la vie a influencé son choix de la vie monastique.

Comme nous lisons dans l’Écriture Sainte, "il nous faut passer par bien des tribulations pour entrer dans le Royaume de Dieu" (Actes des apôtres 14:22). Comment les afflictions que vous avez endurées, vous ont-elles dirigé vers le chemin du Royaume de Dieu?

Ma famille a vécu des périodes très difficiles: une vie dans l’émigration, une guerre, des privations. Lorsque j’avais deux ans et mes sœurs quatre et cinq ans, notre famille a déménagé de Yougoslavie aux Etats-Unis. Nous avons vécu huit ans à New York. Il a été très difficile les premiers temps dans un autre pays, dans une ville inconnue. Mon papa a dû travailler beaucoup pour nourrir la famille. Maman surveillait les enfants, mais elle avait une faible santé et passait beaucoup de temps à l’hôpital. Papa avait donc à nous surveiller et à travailler.

En 1999, lorsque j’ai eu onze ans, notre famille est retournée à Monténégro, une partie de Yougoslavie encore. Peu de temps après, la guerre a éclaté dans le pays. Je me souviens du temps de guerre comme si c’était hier. Mon papa a été appelé à l’armée. Une base militaire yougoslave se trouvait à quelques minutes de marche à pied de notre maison. Revenant de l’école, nous avons entendu avec les sœurs une sirène d’alerte et avons couru à l’abri contre les bombes. Quand il est devenu dangereux de rester à la surface, nous nous sommes installés dans le sous-sol de notre maison. Nous avons vécu dans la peur. C’était un temps très difficile. Nous n’avons pas eu d’argent pour la nourriture. Nous avons aussi eu la peur pour notre avenir parce que personne ne savait ce qui nous arrivera.

Alexandra avec sa famille aux USA

Après la guerre, quand la vie a commencé à s’arranger, il est venu le temps de mes afflictions personnelles. Je n’écoutais pas mes proches qui me souhaitaient du bien, j’ai quitté la maison. J’ai dit simplement: «Je vais vivre séparément et réfléchir que faire plus loin». J’ai reçu une éducation et ai trouvé un emploi dans un hôtel. J’ai dû tout le temps lutter contre des circonstances et contre moi-même.

Quand j’étais de mauvaise humeur, on se voyait avec des amis mais cela ne m’aidait pas. Je me suis perdue et ne pouvais pas trouver une issue, c’est alors que j’ai rencontré Dieu. Je me souviens souvent de ma vie dans le monde. Je ne comprends pas comment je pouvais vivre sans Dieu, sans confession et communion. Aujourd’hui, cela est essentiel dans ma vie. Maintenant, au monastère, je vais tout le temps à l’église et c’est la meilleure consolation pour moi.

La rencontre avec Dieu pour chacun de nous est particulière et elle laisse souvent des souvenirs vifs. Parlez de votre rencontre avec Dieu.

Dans mon passé, j’ai souvent vu en rêve des églises. Il n’y avait pas de monde à l’intérieur, tout simplement des bâtiments. Dieu était pour moi non pas comme Tout-Puissant qui est venu nous sauver, mais comme une personne ordinaire; je Lui parlais et faisais part de mes pensées. Cela n’a pas duré longtemps. Peut-être que cela a été une visite Divine.

baptême d'Alexandra

Quand j’ai décidé de vivre séparément de mes parents, on se voyait souvent avec mon cousin. Un jour, il m’a téléphoné et a demandé de venir chez lui. Quand on s’est vus, il a dit: «Tu devrais aller à l’église pour la confession et la communion». J’ai commencé à prétexter que je ne savais pas pourquoi j’avais besoin de ça et ce que cela allait changer. Il s’est mis à me persuader: «Crois-moi. Venons demain chez père Predrag, le doyen de la cathédrale de la Résurrection du Christ».

Je suis allée pour la première fois à la confession ne comprenant pas comment je pouvais dire à quelqu’un d’inconnu des choses personnelles. Cependant le cousin insistait: «Il faut venir! Le prêtre ne le dira à personne. Cette confession est un sacrement, une conversation entre vous». Je ne m’en rendais pas compte encore. Le lendemain matin, quand j’ai communié, j’ai senti un soulagement.

Après l’office, nous sommes entrés dans la boutique de l’église. Le cousin m’a acheté une icône pliante du Sauveur et de la Mère de Dieu, et a dit: «Quand tu auras des difficultés, ouvre l’icône et raconte au Seigneur et à la Mère de Dieu ce que tu as dans ton âme».

On dit que pour être sauvé, il n’est obligatoire de se retirer dans un monastère. Qu’est-ce qui vous a déterminé à choisir ce chemin?

Ayant appris de mon arrivée à la foi, mon papa m’a proposé de vivre quelques temps dans un monastère. Il ne s’agissait pas de devenir moniale, mais tout simplement de changer de climat. Je me représentais un monastère comme un endroit où vivaient des femmes âgées qui grondaient tout le monde. Papa a dit: «Quelles femmes âgées?! Elles sont des sœurs en Christ! La sœur de mon ami, la moniale Darya, habite là. Elle t’accueillera, tu y vivras un mois et si tu aimeras, tu peux rester plus longtemps». J’ai consenti et papa m’a conduite au monastère Sainte Petka à 160 kilomètres de Belgrade. On m’a donné une petite chambre où j’ai vécu seule.

novice alexandra

La moniale Darya est venue me dire: «Viens demain à l’office Divin et ce soir à la confession». Il y avait au monastère père Georges, un prêtre bien. Il est devenu pour un temps mon père spirituel. J’ai été la seule personne laïque qui pouvait entrer dans la cellule monastique et le réfectoire. Les gens au monastère Sainte Petka sont devenus pour moi comme la famille: je voyais moniale Darya comme ma mère et prêtre Georges comme mon père.

Mon papa espérait que je trouverais un homme pieux pour me marier. Cependant, quelque temps après, je voulais de moins en moins me marier. À la veille de la fête patronale de Sainte Parascève de Serbie, le 27 octobre, nous avons parlé avec père Georges. «Vous savez, père, j’ai toujours voulu être un agent de police. – La police? Nous avons toute une armée de soldats de Dieu ici au monastère. Tu dois être ici». J’ai ressenti par les paroles du père Georges que c’était la volonté de Dieu.

Pourquoi vous avez choisi notre monastère?

Ayant compris que je souhaitais une vie monastique, je n’arrivais pas à me déterminer sur le choix du monastère. En 2014, avant la fête de la Théophanie, j’ai fait connaissance avec un prêtre de Russie qui servait dans une église serbe. Il m’a invité à l’office Divin: «Viens chez nous. Nous avons une source sainte et une icône des Martyrs de la famille impériale. Prie-les, je pense que demain après la Divine liturgie le Seigneur te donnera une réponse. Je vois que tu hésites avec ta décision».

Sœur Alexandra Couvent Sainte Élisabeth

Je me suis plongée dans la source et ai demandé aux Martyrs de la famille impériale de m’aider. Après cela tout s’est passé bien vite. Je ne sais pas comment j’ai ouvert la page du site Web du monastère Sainte Elisabeth où j’ai vu le numéro de téléphone de la moniale Magdalena. J’ai voulu beaucoup lui téléphoner. Je compose son numéro: «Je suis novice Alexandra. Nous avons fait notre connaissance au monastère Tuman. Y a-t-il une possibilité de venir à votre monastère pour le voir et si ça me plaira, pour rester? – Vous devez prendre la bénédiction du père spirituel de notre communauté, père André Léméchonok. – Où pourrais-je le trouver? – Il est maintenant à Belgrade, à la foire du livre».

Après la Divine liturgie, je devais venir à l’église Saint Sava de Serbie pour parler au père André. La moniale Magdalena m’a retéléphoné pour dire que père André avait dit que je pouvais aller directement à Minsk et qu’il y reviendrait quelques jours après.

La vie au monastère c’est une croissance spirituelle permanente. Qu’est-ce que cela signifie pour vous et quels objectif vous vous posez?

Refuser sa propre volonté et vivre selon l’ordre établi au monastère, ce n’est pas facile. Quand on vient au monastère, on doit se rendre compte que l’habit monacal ne nous fait pas personnes spirituelles mais qu’il est nécessaire de faire un grand travail intérieur. Quand on se retire du monde, il est très important de ne pas permettre une diminution d’acquis spirituels. Il faut se rappeler que pour devenir saint il n’est pas obligatoire de porter l’habit monacal.

Sœur Alexandra photo

On dit en Serbie: le Christ tient la novice par la main et Il laisse un peu la moniale pour qu’elle fasse ses efforts. Ma maman, n’étant même pas une pratiquante, me disait tout le temps: «Si tu veux que Dieu t’aide, tu dois d’abord faire tes efforts au travail». Ceci est vrai.

Tous les soirs, nos sœurs se demandent pardon. Quand j’ai vu pour la première fois ce rite à notre monastère, j’ai été surprise. J’ai pensé: «Que c’est beau!» Il me semble que le combat spirituel c’est quand vous luttez pour la chance d’être une personne bien. Si j’offense une sœur ou si je la condamne, mais qu’après je lui demande pardon pour cela, je restaure ainsi l’amour. C’est ainsi que naît l’unité. Les saints pères disaient: «Couvre les péchés de ton frère et le Seigneur couvrira les tiens». Je demande maintenant au Seigneur de m’aider à apprendre à porter les infirmités des autres comme les autres portent les miennes. C’est facile d’embrasser et de soutenir la personne que l’on aime, mais il faut apprendre à faire le bien à celle qu’il est difficile d’accepter, l’aider malgré les contradictions intérieures. C’est peut-être ça le vrai amour.

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